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Effet de la réadaptation cardiaque sur le pronostic à un an des syndromes coronariens aigus à Dakar.

Effect of cardiac rehabilitation on the one-year prognosis of acute coronary syndromes in Dakar.

PM GUISSɹ, C DA SILVEIRA¹, T NIANG², TS DOUCOURɳ, C LO NIANE¹, R YASSINE¹, W NIANG MBOUP¹, M MADJIGUÈNE KA¹,  SC TIDIANE NDAO¹, K DIA¹, MC MBOUP¹.

 

RESUME

 

Introduction. Les syndromes coronariens aigus (SCA) sont une cause majeure de morbi-mortalité en Afrique subsaharienne, où la réadaptation cardiaque (RC), pilier de la prévention secondaire, reste peu évaluée. L’objectif était d’en apprécier l’effet sur le pronostic à un an après un SCA.

Patients et méthodes. Cohorte observationnelle prospective, comparative, non randomisée et monocentrique comparant patients réadaptés et non réadaptés après un SCA, avec inclusions du 1ᵉʳ janvier au 31 août 2024 et un suivi individuel de douze mois à partir de la sortie d’hospitalisation. Le critère de jugement principal était un composite à un an : mortalité toutes causes, récidive de SCA et insuffisance cardiaque. Le seuil de significativité était fixé à p < 0,05.

Résultats. Sur 126 patients hospitalisés pour SCA (fréquence hospitalière 27,6 %), 117 ont été inclus : 50 réadaptés (42,7 %) et 67 non réadaptés (57,3 %), d’âge moyen 58 ± 12 versus 63 ± 13 ans, avec une prédominance masculine et de SCA avec sus-décalage du segment ST. Le taux d’achèvement complet du programme était de 96,0 %. La qualité de vie (médiane 6 à 9) et la capacité fonctionnelle (5,1 à 10 METs) s’amélioraient significativement (p < 0,001). À un an, 26 patients (22,2 %) étaient perdus de vue et l’analyse des critères de jugement a porté sur les 91 patients dont le statut était disponible. Le critère composite survenait chez 12,2 % des réadaptés versus 24,0 % (RR = 0,51 ; IC 95 % : 0,19–1,32 ; p = 0,183) ; la mortalité toutes causes était significativement plus faible dans le groupe réadapté (4,9 % versus 22,0 % ; RR = 0,22 ; IC 95 % : 0,05–0,94 ; p = 0,032).

Conclusion. La RC n’a pas réduit le critère composite à un an mais a nettement amélioré la qualité de vie et la capacité fonctionnelle. En l’absence d’ajustement multivarié, la moindre mortalité observée constitue une association qui reste à confirmer.

 

MOTS CLES 

Syndrome coronarien aigu ; Réadaptation ; Pronostic ; Mortalité ; Sénégal.

 

 

SUMMARY

 

  

Introduction. Acute coronary syndromes (ACS) are a major cause of morbidity and mortality in sub-Saharan Africa. Cardiac rehabilitation (CR), a cornerstone of secondary prevention, remains poorly evaluated in this setting. We assessed its effect on the one-year prognosis after ACS.

 

Patients and methods. Prospective, comparative, non-randomized, single-centre observational cohort study comparing rehabilitated and non-rehabilitated patients after admission for ACS, with enrolment from January 1 to August 31, 2024 and a 12-month individual follow-up from discharge. The primary endpoint was a one-year composite of all-cause mortality, recurrent ACS and heart failure. The significance threshold was set at p < 0.05.

 

Results. Of 126 patients admitted for ACS (hospital frequency 27.6%), 117 were included: 50 rehabilitated (42.7%) and 67 non-rehabilitated (57.3%). Mean age was 58 ± 12 versus 63 ± 13 years, with a male and ST-elevation ACS predominance. Forty-eight of the 50 rehabilitated patients (96.0%) completed the programme. Quality of life (median 6 to 9) and functional capacity (5.1 to 10 METs) improved significantly (p < 0.001). At one year, 26 patients (22.2%) were lost to follow-up and the analysis was based on 91 patients. The composite endpoint occurred in 12.2% of rehabilitated versus 24.0% of non-rehabilitated patients (RR = 0.51; 95% CI: 0.19–1.32; p = 0.183), whereas all-cause mortality was significantly lower in the rehabilitated group (4.9% versus 22.0%; RR = 0.22; 95% CI: 0.05–0.94; p = 0.032).

Conclusion. CR did not significantly reduce the one-year composite endpoint but markedly improved quality of life and functional capacity. In the absence of multivariable adjustment, the lower observed mortality represents an association that remains to be confirmed.

 

KEY WORDS 

Acute coronary syndrome; Rehabilitation; Prognosis; Mortality; Senegal.

 

1. Service de Cardiologie, Hôpital Principal de Dakar, 1 Avenue Nelson Mandela, Dakar-Plateau, Dakar, Sénégal.

2. Service de Cardiologie, Hôpital Militaire de Ouakam, Dakar, Sénégal.

3. Service de Cardiologie, Établissement hospitalier militaire de Thiès, Thiès, Sénégal.

 

 

Adresse pour correspondance

Dr Papa Momar Guissé

Service de Cardiologie, Hôpital Principal de Dakar

1, Avenue Nelson Mandela, Dakar-Plateau, Dakar, Sénégal

Téléphone : + 221 77 466 37 84

Courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

  

Les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité dans le monde, responsables d’environ 17,9 millions de décès annuels selon l’Organisation mondiale de la santé, parmi lesquels la cardiopathie ischémique demeure la principale contributrice [1]. Les syndromes coronariens aigus (SCA), englobant l’infarctus du myocarde avec ou sans sus-décalage du segment ST et l’angor instable, en représentent l’expression la plus aiguë et la plus létale [2]. En Afrique subsaharienne, leur incidence augmente parallèlement à la transition épidémiologique, à l’urbanisation et à l’explosion des facteurs de risque cardiovasculaire [3,4]. Au Sénégal, la fréquence hospitalière des SCA est passée d’environ 4 % au milieu des années 2000 à plus de 17 % en 2022, et continue de progresser [5,6].

 

Les progrès de l’angioplastie primaire et du traitement médical antithrombotique ont permis une réduction substantielle de la mortalité hospitalière des SCA. Cependant, le risque résiduel d’événements cardiovasculaires majeurs et de récidive ischémique reste élevé dans la première année post-SCA, particulièrement dans les pays à ressources limitées [3,7]. Dans ce contexte, la réadaptation cardiaque (RC) est reconnue comme une intervention de classe I par les recommandations internationales et constitue un pilier de la prévention secondaire [2,8,9]. Son bénéfice sur la mortalité cardiovasculaire, les réhospitalisations et la qualité de vie est établi par plusieurs revues systématiques et méta-analyses [10–12]. L’effet sur la mortalité toutes causes demeure en revanche débattu : significatif dans la revue Cochrane de 2011 (RR = 0,87 ; IC 95 % : 0,75–0,99) [11], il ne l’est plus dans sa mise à jour de 2016 portant sur 63 essais et 14 486 patients [10].

 

Au Sénégal, l’offre de RC s’est rapidement développée ; ses résultats restent cependant peu documentés, notamment après un événement coronaire.

 

L’objectif principal de cette étude est d’évaluer l’effet de la RC sur le pronostic à un an des patients hospitalisés pour SCA. Les objectifs spécifiques sont de comparer la mortalité toutes causes, la survenue d’insuffisance cardiaque et la récidive de SCA à un an entre patients réadaptés et non réadaptés, et d’apprécier l’évolution de la qualité de vie et de la capacité fonctionnelle dans le groupe réadapté avant et après la RC.

 

 

 

 

 

PATIENTS ET MÉTHODES

 

 

 

Type, cadre et période d’étude

 

 

 

Il s’agissait d’une étude de cohorte observationnelle prospective, comparative et non randomisée, menée dans le service de cardiologie d’un hôpital de référence de Dakar disposant d’une unité de réadaptation cardiaque, et comparant les patients réadaptés aux non réadaptés au décours d’une hospitalisation pour SCA. La période d’étude s’étendait du 1ᵉʳ janvier 2024 au 31 août 2025. Les patients étaient inclus du 1ᵉʳ janvier au 31 août 2024, puis suivis individuellement pendant douze mois à compter de leur sortie d’hospitalisation ; le dernier point de suivi a ainsi été recueilli au plus tard le 31 août 2025.

 

 

 

Population d’étude

 

 

 

Étaient inclus tous les patients âgés de 18 ans et plus, hospitalisés pour un SCA défini selon les recommandations 2023 de la Société européenne de cardiologie [2]. Le diagnostic reposait sur l’association d’une présentation clinique évocatrice, d’anomalies électrocardiographiques compatibles et d’une cinétique de la troponinémie. N’étaient pas inclus les patients avec des dossiers inexploitables, ceux décédés au cours de l’hospitalisation index et ceux ayant refusé de participer. Les patients étaient répartis en deux groupes selon qu’ils avaient bénéficié ou non d’un programme structuré de RC après leur sortie, l’exposition à la réadaptation n’étant ni randomisée ni assignée par les investigateurs.

 

 

 

Déroulement de la réadaptation cardiaque

 

 

 

Conformément aux recommandations internationales, la RC débutait, avant le séjour, par un diagnostic éducatif puis par un bilan initial en trois volets : une évaluation clinique (symptômes, qualité de vie, observance thérapeutique), une évaluation thérapeutique et une évaluation paraclinique (bilan biologique, échocardiographie transthoracique, Holter-ECG et épreuve d’effort). La RC elle-même comprenait un volet médical (optimisation thérapeutique, contrôle des facteurs de risque), un volet physique (réentraînement à l’effort sur cycloergomètre et/ou tapis roulant, gymnastique douce et renforcement musculaire), un volet éducatif et une prise en charge diététique, tabacologique et psychologique si nécessaire [8,9,13]. L’intensité d’entraînement était adaptée à partir d’une épreuve d’effort initiale et réajustée régulièrement. Une évaluation clinique et paraclinique était réalisée à la fin du séjour, à six mois et à un an de la RC.

 

 

 

Paramètres étudiés

 

 

 

Les variables recueillies incluaient les données de l’hospitalisation : données sociodémographiques, antécédents et facteurs de risque cardiovasculaire, délai d’admission dans le service, classe Killip, type de SCA (ST+ ou ST−), paramètres biologiques (créatininémie, bilan lipidique), fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) par la méthode de Simpson et artères atteintes à la coronarographie. Les données thérapeutiques comprenaient la stratégie de revascularisation (thrombolyse, angioplastie primaire, angioplastie différée), le traitement médical et le décès intrahospitalier. Les données d’évaluation de la RC comportaient principalement le nombre de séances de réentraînement à l’effort, l’évolution de la qualité de vie évaluée par une échelle de 0 à 10 telle que proposée par l’International Council of Cardiovascular Prevention and Rehabilitation (ICCPR) et la capacité fonctionnelle maximale en METs à l’épreuve d’effort avant et après le programme. Les motifs de non-réalisation de la RC ont été étudiés dans le groupe non réadapté.

 

Le suivi à un an comportait la FEVG, le LDL-cholestérol et la survenue d’événements cardiovasculaires majeurs (récidive de SCA, insuffisance cardiaque et décès toutes causes).

 

Critères de jugement

 

 

 

Le critère de jugement principal était un critère composite à un an incluant la mortalité toutes causes, la récidive de SCA et la survenue d’insuffisance cardiaque.

 

Les critères de jugement secondaires comportaient isolément la mortalité toutes causes à un an, la survenue d’insuffisance cardiaque à un an et la récidive de SCA à un an, ainsi que l’évolution de la qualité de vie et de la capacité fonctionnelle en METs avant et après réadaptation, uniquement dans le groupe de patients réadaptés.

 

 

 

Considérations éthiques

 

 

 

Le protocole a été conduit conformément aux principes de la Déclaration d’Helsinki et aux directives institutionnelles applicables. Le consentement éclairé de chaque patient a été recueilli. L’anonymat, la confidentialité et le droit à la vie privée des participants ont été préservés tout au long du recueil et de l’analyse des données.

 

 

 

Analyse statistique

 

 

 

Les données ont été saisies sur tableur Excel et analysées avec le logiciel R version 4.4.3. Les variables qualitatives étaient exprimées en effectifs et pourcentages, et les variables quantitatives en moyenne ± écart-type ou en médiane avec intervalle interquartile (IQR) selon la distribution. Les comparaisons entre groupes ont fait appel au test du khi-deux ou au test exact de Fisher pour les variables qualitatives, et au test t de Student ou au test de Mann–Whitney pour les variables quantitatives. L’évolution intra-individuelle avant/après RC a été appréciée par le test de Wilcoxon apparié. Les critères de jugement à un an ont été analysés en cas complets, c’est-à-dire chez les seuls patients pour lesquels le statut à un an était disponible, et les résultats exprimés en risque relatif (RR) assorti de son intervalle de confiance à 95 %. Compte tenu de la proportion de perdus de vue, la robustesse du résultat de mortalité a été éprouvée par une analyse de sensibilité en scénarios extrêmes, les patients perdus de vue étant successivement considérés comme tous vivants, comme tous décédés, puis selon les deux hypothèses extrêmes respectivement la plus défavorable et la plus favorable à la réadaptation. Aucun calcul a priori de taille d’échantillon n’a été réalisé : l’effectif correspondait à un échantillon de convenance issu d’un recrutement exhaustif sur la période d’étude. Le seuil de significativité statistique était fixé à p < 0,05.

 

 

 

 

 

 

 

RESULTATS

 

 

 

Au cours de la période d’étude, 126 patients ont été hospitalisés pour SCA, soit une fréquence hospitalière de 27,6 %. Neuf patients (7,1 %) sont décédés en cours d’hospitalisation ; aucun dossier n’était inexploitable et aucun patient n’a refusé de participer.

 

 

 

Caractéristiques de base

 

 

 

Les caractéristiques des deux groupes sont présentées dans le tableau 1. La cohorte de comparaison portait sur 117 patients : 50 réadaptés (42,7 %) et 67 non réadaptés (57,3 %). La population était à prédominance masculine dans les deux groupes. L’âge moyen était de 58 ± 12 ans chez les réadaptés versus 63 ± 13 ans chez les non réadaptés (p = 0,10). Le SCA ST+ prédominait dans les deux groupes (66,0 % versus 67,2 % ; p = 0,9).

 

L’hypertension artérielle était le facteur de risque le plus fréquent (52,0 % versus 44,8 % ; p = 0,5), suivie du diabète (34,0 % versus 40,3 % ; p = 0,5) et du tabagisme (14,0 % versus 17,9 % ; p = 0,6).

 

Le délai d’admission médian était de 8 heures [5–15] chez les réadaptés et de 15 heures [10–24] chez les non réadaptés, toutes catégories de SCA confondues (p = 0,007). Pour les SCA ST+, 66,7 % des réadaptés contre 33,3 % des non réadaptés étaient admis dans les douze premières heures (p = 0,006). La majorité des patients était reçue en classe Killip I (88,0 % versus 74,6 % ; p = 0,07).

 

Sur le plan biologique, le LDL-cholestérol moyen ne différait pas significativement entre les deux groupes (1,53 ± 0,50 g/L versus 1,38 ± 0,50 g/L ; p = 0,058). La FEVG moyenne initiale était comparable (50 ± 11 % versus 49,5 ± 12,5 % ; p = 0,8).

 

La coronarographie a été réalisée chez 98,0 % des réadaptés et 92,5 % des non réadaptés (p = 0,2). L’atteinte de l’artère interventriculaire antérieure chez les SCA ST+ était retrouvée chez 23 des 31 réadaptés (74,2 %) et 36 des 42 non réadaptés (85,7 %) chez qui la coronarographie était interprétable (p = 0,24). Les lésions étaient monotronculaires chez 24 des 48 réadaptés (50,0 %) contre 23 des 57 non réadaptés (40,4 %) (p = 0,32).

 

La thrombolyse a été réalisée chez 9,1 % des SCA ST+ réadaptés versus 17,8 % des non réadaptés (p = 0,34). L’angioplastie primaire a été réalisée chez 54,5 % des SCA ST+ réadaptés versus 20,0 % des non réadaptés (p = 0,002). Au total, tous types de SCA confondus, l’angioplastie a été réalisée chez 84,0 % des réadaptés versus 50,7 % des non réadaptés (p < 0,001). Il n’y avait aucune différence concernant le traitement médical.

 

 

 

Réadaptation cardiaque

 

 

 

Le programme a été mené à son terme par 48 des 50 patients réadaptés, soit un taux d’achèvement complet de 96,0 %, les deux abandons étant survenus après respectivement 10 et 12 séances ; le nombre moyen de séances réalisées était de 14,5 ± 4,1 pour 15 ± 2,5 séances prescrites. La qualité de vie, évaluée chez 42 des 50 patients réadaptés, s’améliorait significativement, passant d’une médiane de 6 [6–7] avant réadaptation à 9 [8–9] après (p < 0,001) (figure 2). La capacité fonctionnelle maximale à l’effort, disponible chez 35 patients, progressait de même d’une médiane de 5,1 METs [4,1–7,8] à 10,0 METs [6,5–11,3] (p < 0,001) (figure 3).

 

Parmi les 67 patients non réadaptés, le motif principalement évoqué était la non-prescription de la RC au moment de la sortie (42 %), suivi des contraintes financières (24 %) et de l’indisponibilité de la RC dans la région de résidence (12 %).

 

 

 

Évolution à un an

 

 

 

À un an, 26 patients (22,2 %) étaient perdus de vue, sans différence entre les groupes (9/50, 18,0 % chez les réadaptés versus 17/67, 25,4 % chez les non réadaptés ; p = 0,38) ; les caractéristiques initiales des patients perdus de vue et des patients suivis étaient comparables, à l’exception d’une FEVG initiale plus élevée chez les perdus de vue (tableau 2). Le diagramme de flux de l’étude est présenté dans la figure 1. L’analyse des critères de jugement a donc porté sur les 91 patients pour lesquels le statut à un an était disponible (41 réadaptés et 50 non réadaptés). Le critère de jugement principal composite survenait chez 5 patients réadaptés (12,2 %) contre 12 non réadaptés (24,0 %), soit un risque relatif de 0,51 (IC 95 % : 0,19–1,32) sans atteindre le seuil de significativité (p = 0,183). Parmi les critères de jugement secondaires, la mortalité toutes causes était significativement plus faible chez les patients réadaptés (2/41, 4,9 % versus 11/50, 22,0 % ; RR = 0,22 ; IC 95 % : 0,05–0,94 ; p = 0,032). En revanche, la récidive de SCA (0/41, 0 % versus 1/50, 2,0 % ; p = 1,000) et la survenue d’une insuffisance cardiaque (3/41, 7,3 % versus 3/50, 6,0 % ; p = 1,000) étaient comparables entre les deux groupes. Trois patients non réadaptés ont présenté plusieurs événements au cours du suivi (deux décès précédés d’une insuffisance cardiaque et une récidive de SCA associée à une insuffisance cardiaque). L’analyse de sensibilité en scénarios extrêmes est présentée dans le tableau 2. L’estimation ponctuelle restait en faveur du groupe réadapté que les perdus de vue soient tous considérés comme vivants (RR = 0,24 ; IC 95 % : 0,06–1,05) ou tous comme décédés (RR = 0,53 ; IC 95 % : 0,29–0,95). Le sens de l’association ne s’inversait que dans l’hypothèse extrême, peu plausible, où tous les perdus de vue du groupe réadapté seraient décédés et tous ceux du groupe non réadapté vivants (RR = 1,34 ; IC 95 % : 0,63–2,84).

 

L’objectif de LDL-cholestérol recommandé après un SCA, soit une valeur inférieure à 0,55 g/L [9], était atteint chez 7 des 28 patients réadaptés (25,0 %) contre 2 des 19 non réadaptés (10,5 %) pour lesquels un dosage était disponible à un an (p = 0,3). L’amélioration de la FEVG, évaluable chez 37 patients réadaptés et 32 non réadaptés, était en moyenne de +3,5 ± 9,4 % chez les réadaptés et de +3,3 ± 8,3 % chez les non réadaptés (p = 0,9).

 

  

 

 

DISCUSSION

 

Cette étude est, à notre connaissance, parmi les premières en Afrique subsaharienne à évaluer prospectivement l’effet de la RC sur le pronostic à un an des patients pris en charge pour SCA.

 

La fréquence hospitalière des SCA observée (27,6 %) confirme la place croissante qu’occupe la cardiopathie ischémique dans les services de cardiologie de la région. Mboup et al. rapportaient 4 % en 2006 [14], Ibouroi 15,2 % en 2021 [15] et Guissé et al. 17 % en 2022 [5]. Ces comparaisons doivent toutefois être interprétées avec prudence, les séries citées provenant de centres et de périodes différents, avec des critères d’inclusion et des méthodologies hétérogènes. Cette progression témoigne néanmoins d’une transition épidémiologique rapide, rendant impérative la structuration de la prévention secondaire, dont la RC constitue un pilier. Le taux de patients effectivement réadaptés (42,7 %) reste pourtant en deçà des chiffres européens : dans l’enquête britannique ASPIRE-3-PREVENT, 81 % des patients s’étaient vu recommander une RC après un événement coronarien et 69 % y avaient effectivement participé [16]. Les principaux motifs de non-réalisation étaient ici la non-prescription et les contraintes financières, représentant 66 % des patients non réadaptés. La RC n’était pas prescrite soit par omission, soit par manque de coordination, soit par impossibilité pratique de la réaliser.

 

Concernant les caractéristiques de base, la prédominance masculine et l’âge moyen sont concordants avec les données ouest-africaines : Ndao et al. et N’Guetta et al. retrouvaient des profils similaires [17,18]. Le délai d’admission médian significativement plus court chez les patients ultérieurement réadaptés (8 h versus 15 h ; p = 0,007) suggère qu’une présentation moins tardive favorise une prise en charge complète, incluant l’orientation vers la RC. Ces délais restent néanmoins très supérieurs à ceux rapportés par le registre français FAST-MI, confirmant un retard à la consultation qui constitue un déterminant majeur du pronostic [19].

 

Le critère de jugement principal, composite, ne différait pas significativement entre les patients réadaptés et non réadaptés (12,2 % versus 24,0 % ; RR = 0,51 ; IC 95 % : 0,19–1,32 ; p = 0,183), même si la tendance observée était en faveur de la réadaptation.

 

En revanche, une réduction significative de la mortalité toutes causes à un an a été observée dans le groupe réadapté (4,9 % versus 22,0 % ; RR = 0,22 ; IC 95 % : 0,05–0,94 ; p = 0,032), résultat qui repose toutefois sur un faible nombre d’événements (2 versus 11 décès). Cette mortalité plus basse va dans le sens des données de la littérature internationale. Müller-Riemenschneider et al., dans une revue de 43 essais, concluaient que les interventions fondées sur l’exercice et les programmes multimodaux étaient celles qui réduisaient le plus la mortalité [12]. L’essai ETICA rapportait, après angioplastie coronaire et sur un suivi de 33 ± 7 mois, un taux d’événements de 11,9 % chez les patients entraînés contre 32,2 % chez les témoins (RR = 0,71 ; IC 95 % : 0,60–0,91 ; p = 0,008) [20]. Cette réduction peut s’expliquer par une plus forte adhésion aux mesures de prévention secondaire, une amélioration de la capacité fonctionnelle et un recours plus fréquent à la revascularisation coronaire dans le groupe réadapté, mais aussi par le nombre élevé de perdus de vue, qui introduit un biais considérable.

 

Chez les patients réadaptés, l’amélioration significative de la qualité de vie après RC est cohérente avec les données des grands essais randomisés et des méta-analyses occidentales [10–12,21]. Le gain de capacité fonctionnelle observé contribue vraisemblablement à la réduction de mortalité : dans une méta-analyse de 33 cohortes, chaque MET supplémentaire de capacité cardiorespiratoire était associé à une réduction de 13 % de la mortalité toutes causes (RR = 0,87 ; IC 95 % : 0,84–0,90) et de 15 % des événements coronariens et cardiovasculaires (RR = 0,85 ; IC 95 % : 0,82–0,88) [22]. Chez 12 169 hommes adressés en réadaptation cardiaque, la capacité fonctionnelle mesurée constituait le principal déterminant du pronostic à long terme [23]. Le réentraînement à l’effort apparaît ainsi comme l’un des leviers thérapeutiques les plus puissants disponibles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Limites de l’étude

 

 

 

Cette étude présente plusieurs limites. Il s’agit d’une étude monocentrique aux effectifs modérés et avec un nombre d’événements faible. Le caractère non randomisé, éthiquement impossible à contourner, expose à un biais de sélection : l’angioplastie coronaire a par exemple été plus souvent réalisée chez les patients réadaptés. Par ailleurs, 22,2 % des patients ont été perdus de vue à un an ; l’analyse a donc été conduite en cas complets, ce qui suppose que ces patients ne différaient pas de ceux effectivement suivis. L’analyse de sensibilité en scénarios extrêmes indique néanmoins que la moindre mortalité observée chez les patients réadaptés résiste aux hypothèses les plus vraisemblables sur le devenir des perdus de vue, et n’est mise en défaut que dans un scénario extrême peu réaliste. Certaines variables n’étaient en outre pas disponibles chez tous les patients, principalement pour des raisons financières. En raison du faible nombre d’événements observés, aucune analyse multivariée n’a pu être conduite pour ajuster sur les déséquilibres initiaux entre les deux groupes ; les résultats doivent donc être interprétés comme des associations et non comme un effet propre de la réadaptation. La qualité de vie a par ailleurs été appréciée par une échelle numérique simple de 0 à 10, en l’absence d’instrument validé et spécifique tel que le SF-36. Enfin, aucun calcul de puissance n’a été réalisé a priori, l’effectif correspondant à un échantillon de convenance. Une étude multicentrique avec appariement sur score de propension et analyse de survie serait plus appropriée, d’une part pour pallier le problème d’effectif, les biais de sélection et les perdus de vue, d’autre part pour confirmer les résultats concernant la réduction de la mortalité dans le groupe réadapté.

 

 

 

 

 

CONCLUSION 

 

 

 

Dans notre contexte, la réadaptation cardiaque après un syndrome coronarien aigu n’a pas réduit significativement le critère composite à un an, mais a nettement amélioré la qualité de vie et la capacité fonctionnelle. La moindre mortalité observée chez les patients réadaptés reste à confirmer par des études de plus grande puissance. Le nombre élevé de patients non réadaptés devrait inciter à intégrer davantage la RC dans le parcours de soins post-SCA   et   à   développer   d’autres   unités dédiées. Sa prise en charge par les politiques de santé publique doit également constituer une priorité dans la lutte contre la maladie coronaire au Sénégal et plus largement en Afrique subsaharienne.

 

 

 

 

REFERENCES

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