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Caractéristiques cliniques et pronostic de la super hypertension artérielle : Etude de cohorte prospective à N’Djamena

 

Clinical characteristics and prognosis of super hypertension: a prospective cohort study in N’Djamena

 

NAÏBÉ DT1, 3, MANDI DG2*, YAMÉOGO RA2, MIANROH HL1, KOLOGO KJ.2,4, MILLOGO GRC2,4,

YAMÉOGO NV2,4, ZABSONRÉ P2,4

 

RESUME

Objectif : L’objectif de ce travail était d’étudier les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et le pronostic de la super hypertension artérielle dans le service de cardiologie de l’Hôpital Général de référence nationale de N’Djamena, TCHAD.

Patients et méthodes : Il s’est agi d’une étude de cohorte prospective allant de janvier 2015 à juillet 2016, Chez des patients hospitalisés ayant une pression artérielle systolique ≥ 250 mmHget/ou diastolique ≥ 150 mmHg. Les caractéristiques épidémio-cliniques à l’admission, les paramètres de morbi-mortalité et l’observance du traitement au cours du suivi ont été recueillis. La méthode de Kaplan-Meier et le modèle Cox ont été utilisés pour l’analyse de la survie et des facteurs associés au décès respectivement avec un seuil de signification p < 0,05.

Résultats : Durant la période d’étude, 521 patients hypertendus ont été hospitalisés dont 90 avaient une super HTA soit une prévalence de 17,3 %. La durée moyenne de suivi était de 31,4 ± 23,2 semaines (extrêmes : 1 - 72 semaines).  L’âge moyen était de 51 ± 14.3 ans (21 - 83) avec un sex-ratio de 1,3. L’hypertension artérielle était connue dans 87,8 % des cas (n = 79) et aucun patient n’avait de traitement régulier. Une complication était notée à l’admission dans 87,8 % des cas. Une bonne observance thérapeutique au cours du suivi était retrouvée chez 24 patients. La survie à un mois était de 86.5 % pour l’ensemble des patients. Le taux brut de mortalité était de 0,6 personnes-années. Les facteurs associés au décès étaient le caractère anciennement connu de l’HTA, la survenue d’un accident vasculaire cérébral hémorragique, et l’œdème aigu du poumon (p < 0,05).

Conclusion : La super hypertension artérielle est une pathologie fréquente en Afrique subsaharienne avec une morbi-mortalité élevée. Sa prévention passe par le dépistage précoce et la prise en charge efficace de l’hypertension artérielle.

MOTS CLES

 Super hypertension artérielle, Morbidité, Mortalité, Afrique sub-saharienne.

 

 

SUMMARY

Objectives: The aim of this study was to determine the clinical characteristics and prognosis of super arterial hypertension (super HT) in the department of cardiology, Hôpital Général de Référence Nationale de Ndjamena, Tchad.

Patients and methods: We prospectively analyzed data of patients with systolic blood pressure ≥ 250 mmHg and/or diastolic blood pressure ≥ 150 mmHg from January 2015 to July 2016. Baseline characteristics including cardiovascular events on admission, follow-up outcomes (cardiovascular events, death) and compliance to treatment were assessed. Kaplan-Meier method and Cox model were used to respectively construct survival curves and analyze factors associated with death. Statistical significance was p < 0, 05.

Results: Overall 521 hypertensive patients were hospitalized in the department of cardiology during the recruitment period. Of them, 90 patients had super HT with a prevalence of 17.3 %. The mean follow-up period was 31.4 ± 23.2 weeks (extremes: 1 – 72 weeks). The mean age was 51 ± 14.3 years (21 – 83) with a sex ratio of 1.3. History of HT was known in 87.8 % of the cases (n = 79) and none of them was regularly taking his medications. At least target organ damage was seen in 79 patients (87.8 %). Compliance to treatment was reported in only 24 patients during the follow-up process. The survival rate of the study population was 86.5 % at one month period. The crude mortality rate was 0.6 persons-years. Factors independently associated with death were history of HT, hemorrhagic stroke and acute pulmonary edema (p < 0, 05).

Conclusion: Super HT is frequent in Sub-Saharan Africans and is associated with high morbidity and mortality. The prevention of such hypertensive entity should be done through early detection and management of hypertension.

 

KEY WORDS

 

Super hypertension, Morbidity, Mortality, Sub-Saharan Africa.

 

1.Hôpital Général de Référence Nationale de N’Djamena, N’Djamena, TCHAD.

2.Centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouédraogo, Ouagadougou, Burkina Faso.

3.Université de N’Djamena, N’Djamena, TCHAD.

4.Unité de formation et de recherche en sciences de la santé, Université Ouaga I : Professeur Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou ; Burkina Faso.

 

Adresse pour correspondance : 

Dr MANDI Dakaboué Germain

Service de cardiologie du Centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouédraogo

BP 7022 Ouagadougou 03

Tél : 00 (226) 70 11 04 08

Email : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

 

INTRODUCTION

 

 

 

L’hypertension artérielle (HTA) est un problème majeur de santé publique mondiale [1]. Elle est réputée plus fréquente, plus précoce et plus sévère dans les populations originaires d’Afrique Sub-saharienne [2–4]. Il est admis qu’environ 1 à 2% des patients hypertendus vont présenter une poussée hypertensive au cours de leur évolution [5–7]. Les super HTA sont des formes sévères d’HTA avec un risque majeur d’atteintes d’organes cibles. Elles sont définies par un niveau de pression artérielle systolique (PAS) ≥ 250 mmHg et/ou de pression artérielle diastolique (PAD) ≥ 150 mmHg [8]. Les super HTA sont une présentation relativement rare dans les pays développés. A contrario, leur prévalence demeure encore élevée dans les séries africaines en raison du retard de diagnostic de l’HTA et surtout du véritable défi de la prise en charge[9,10]. Leur pronostic reste sévère avec une mortalité de 30% à un mois et la quasi-totalité des patients présentent au moins une complication à l’admission [9]. Aucune étude n’a été menée sur la super HTA au TCHAD à ce jour. Ce travail se propose d’étudier les caractéristiques    épidémiologiques, cliniques et le pronostic de la super HTA à l’Hôpital Général de Référence Nationale de N’Djamena au TCHAD.

 

 

PATIENTS ET METHODES

 

Il s’est agi d’une étude de cohorte prospective menée sur une série consécutive de patients hospitalisés du 1r Ce service est l’une des deux unités de cardiologie que compte le TCHAD, toutes localisées dans la ville de N’Djamena et devant accueillir les patients en provenance de toutes les régions du pays.

 

Ont été inclus, tous les patients admis dans le service de cardiologie avec une pression artérielle systolique ≥ 250 mmHg et/ou une pression artérielle diastolique ≥ 150 mmHg, d’âge  ≥ 18 ans et ayant consenti de participer à l’étude.

 

Les paramètres recueillis incluaient les données sociodémographiques (âge, sexe, lieu de résidence et niveau d’instruction), les facteurs de risque cardiovasculaire, la notion d’HTA anciennement connue, l’abus de consommation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, la prise de toxiques (stupéfiants), les signes et symptômes cliniques ainsi que les complications cardiovasculaires à l’admission, les aspects thérapeutiques et évolutifs (évènements cardiovasculaires au cours du suivi, observance du traitement anti-hypertenseur et décès) à partir des dossiers cliniques, des carnets de consultation pour le suivi et des entrevues avec un fichier informatisé.

 

 

Définitions des termes opérationnels

 

 

 

Pour l’instruction, les patients étaient répartis en plusieurs niveaux : analphabète pour ceux n’ayant pas été scolarisés, primaire pour ceux dont la scolarité s’est arrêtée au primaire, secondaire pour ceux qui ont atteint le cycle secondaire et supérieur pour le niveau universitaire.

 

Le lieu de résidence était défini selon la provenance des patients : urbaine (N’Djamena) ou rurale (provinces)

 

Le diabète a été défini par une glycémie à jeun ≥ 1,26g/l à deux reprises au moins ou patient déjà sous traitement antidiabétique

 

La dyslipidémie a été définie par cholestérolémie totale > 200 mg/dl et/ou un taux de LDL-cholestérol >130 mg/dl et/ou une triglycéridémie > 150 mg/dl et/ou un taux de HDL-cholestérol < 40 mg/dl ou pour tout patient déjà sous traitement.

 

Le tabagisme était établi pour tout cas actif ou sevré de moins de trois ans à la date d’admission.

 

L’obésité a été définie par un indice de masse corporelle [calculé par la formule suivante : Poids (kg)/{Taille (m)}2] ≥ 30 kg/m2 pour tout patient et/ ou un tour de taille ≥ 88 cm chez la femme et 102 cm chez l’homme.

 

L’alcoolisme a été défini par une consommation journalière régulière d’alcool ≥ 10g (un verre standard) chez la femme et ≥ 20 g chez l’homme

 

Les patients étaient considérés comme sédentaires lorsque leur activité physique était inférieure à 30 - 45 minutes par jour, trois fois dans la semaine.

 

Nous avons arbitrairement considéré l’abus d’anti-inflammatoires non stéroïdiens chez tout patient ayant au moins une prise quotidienne de ces médicaments sur une période de plus de deux semaines.

 

La dysfonction rénale a été définie par un débit de filtration glomérulaire < 60 ml/min/1,73 m2 selon l’équation Modification of Diet in Renal Disease (MDRD).

 

L'observance du traitement antihypertenseur a été évaluée à l’aide du questionnaire mis au point par Girerd et al.[11]

 

Tous les patients avaient bénéficié d’un électrocardiogramme de surface 12 dérivations à la recherche d’ischémie myocardique, de troubles du rythme et ou de la conduction, d’hypertrophie ventriculaire ou atriale gauches.

 

L’échocardiographie Transthoracique a été réalisé par les cardiologues selon les recommandations de l’ASE [12]pour détecter les cardiomyopathies dilatées et l’hypertrophie ventriculaire gauche.

 

La tomodensitométrie cérébrale a été réalisée chez tous les patients présentant des signes/symptômes neurologiques déficitaires ou non à la recherche d’accident vasculaire cérébral ischémique ou hémorragique.

 

Les visites ont été réalisées dans le service de cardiologie comme suit :

 

- Visite d’inclusion : le jour du diagnostic pour les nouveaux cas où le consentement de participer à l’étude a été recueilli correspond au jour du recrutement. Les données épidémio-cliniques et paracliniques ont été recueillies à l’inclusion des patients. L’enquête étiologique de l’HTA était guidée par l’anamnèse et l’orientation clinique. Les patients ont été recrutés sur une période de 12 mois allant du 1er janvier au 31 décembre 2015, puis suivis jusqu’au 31 juillet 2016.

 

- Visites de suivi : une fois par mois pendant trois mois, puis tous les trois mois. Pour les patients nécessitant un suivi particulier (patients non stables ou présentant des complications entre deux rendez-vous), le délai de consultation était laissé à l’appréciation du médecin traitant. Cette visite avait pour objectif le contrôle des chiffres tensionnels, l’évaluation de l’observance du traitement antihypertenseur et la recherche de complications.

 

-Visites non programmées : toutes les visites autres que celles prévues dans l’étude. Elles avaient pour objectif, la capture d’éventuelles données de morbidité surtout pour les patients réadmis dans les services d’urgence pour complications.

 

 

L’analyse des données a été effectuée à partir du logiciel R version 3.3.0. Les variables catégorielles ont été exprimées en pourcentage et les variables continues en moyenne ± déviation standard. Les tests statistiques utilisés pour la comparaison des valeurs étaient le test du Khi deux et le test de Student respectivement. La méthode de Kaplan-Meier a été utilisée pour construire les courbes et le test de Log Rank pour la comparaison des survies entre groupes. Le modèle Cox a été utilisé pour l’étude des facteurs associés au décès. Nous avons utilisé les tests de résidus martingales et Schoenfeld pour la validation du modèle Cox (vérification de l’hypothèse des risques proportionnels pour chaque covariable). La procédure d’élimination de potentielles variables de confusion a été réalisée selon le critère AIC (Akaike’s information criterion) [13]. La sélection des variables s’est faite pas à pas à double direction, la variable ayant l’AIC le plus petit était retenue. Le test était statistiquement significatif si p < 0,05.

 

Le consentement éclairé des patients a été obtenu avant l’inclusion dans l’étude. Le fait de participer à l’étude n’offrait aucun bénéfice direct au patient et ne l’exposait pas à un risque supplémentaire autre que ceux liés à sa prise en charge. L’étude ne requérait du médecin aucun acte supplémentaire autre que celui qu’il entreprenait pour le patient concerné. Au cas où un traitement était contre-indiqué ou mal toléré par un patient, le médecin traitant était informé et donnait les consignes appropriées de prise en charge. La confidentialité des données personnelles des patients a été respectée lors du traitement et de la publication des résultats de l’étude.

 

 

 

 

RESULTATS

 

 

 

Aspects sociodémographiques

 

 

 

Durant la période d’étude, 521 patients hypertendus ont été hospitalisés dont 90 cas de super HTA, soit une prévalence de 17,3%. Cette population dont l’âge moyen était de 50,9 ± 14,3 ans (extrêmes : 21 - 83 ans) comprenait51 hommes et 39 femmes. Les caractéristiques sociodémographiques sont résumées dans le Tableau 1. L’hypertension artérielle était connue chez 79 patients (87,8%) parmi lesquels 48 cas (60,8%) avaient déjà reçu un traitement antihypertenseur avec une mauvaise compliance au traitement chez tous les patients. L’ancienneté de l’HTA chez ces patients était de 5,1 ± 4,5 ans (extrêmes : 1 - 20 ans). Douze patients (13,3%) avaient une complication connue : accident vasculaire cérébral (6 cas), insuffisance rénale chronique (6 cas). L’hypertension artérielle familiale était retrouvée chez19patients (21,1 %).

 

 

 

Caractéristiques cliniques et paracliniques

 

 

 

La pression artérielle systolique moyenne était de 239, 1 ± 21,9 mmHg (extrêmes : 200-290 mmHg), la pression artérielle diastolique moyenne de 144,1 ± 16,5 mmHg (extrêmes : 100 - 180 mmHg) et la pression pulsée moyenne de 95,9 ± 32,4 mmHg (extrêmes : 30 - 160 mmHg). Quarante-huit patients (53,3%) avaient une PAS ≥ 250 mmHg et 58 patients (64,4%) une PAD ≥ 150 mmHg.

 

Sur le plan biologique, le taux d’hémoglobine moyen était de 11,8 ± 2,6 g/dl (extrêmes : 5,8 - 17,8 g/l), la glycémie à jeun moyenne de 1,08 ± 0,67 g/l (extrêmes : 3,54 - 5,33 g/l) et la créatininémie moyenne de 285,2 ± 349,9 µmol/l (extrêmes : 53,1 - 1793,9 µmol/l) avec un débit de filtration glomérulaire (DFG) calculé selon la formule de MDRD de 42,8 ± 30,9 ml/min/1,73m2(extrêmes : 2 - 124,1 ml/min/m2).Un débit de filtration glomérulaire (DFG)< 60 ml/min/1,73m2 était retrouvé chez 55 patients (61,1%).

 

A l’électrocardiogramme, on notait une hypertrophie atriale gauche dans 54 cas (60%), une hypertrophie ventriculaire gauche dans 70 cas (77,8%), une ischémie myocardique (deux cas), une fibrillation atriale (deux cas) et un bloc auriculo-ventriculaire de premier degré (un cas). L’écho Doppler cardiaque objectivait une hypertrophie concentrique des parois du ventricule gauche dans 75,3% des cas.

 

L’atteinte d’au moins trois organes cibles était retrouvée chez 44,4% des patients. Parmi ces lésions, une atteinte cardiaque été notée chez 66 patients (73,3%) dont deux cas de syndrome coronarien aigu (SCA), une dysfonction rénale (DFG< 60 ml/min/1,73 m2) chez 55 patients (61.1%) et une atteinte cérébrale chez 39 patients (43,3%). Les lésions cérébrales se distinguaient en accident vasculaire cérébral ischémique (AVCI), accident vasculaire cérébral hémorragique (AVCH) et encéphalopathie hypertensive dans respectivement 20 cas (22,2%), 15 cas (16,7%) et quatre cas (4,4%).Le tableau 2 montre les caractéristiques cliniques et paracliniques des patients de l’étude à l’admission.

L’enquête étiologique retrouvait une prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et de toxiques (stupéfiants) dans 36,7% et 3,33% des cas respectivement (Tableau 1). Une sténose de l’artère rénale gauche était notée chez une patiente de 35 ans porteuse du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) dont l’orientation clinique était un souffle systolique para-ombilical et lombaire gauche.

 

Aspects thérapeutiques

 

Tous les patients avaient bénéficié de conseils hygiéno-diététiques et d’une médication anti-hypertensive avec un nombre moyen d’antihypertenseurs de 2,7 ± 0,8 (extrêmes : 1–4). Le tableau 3 résume les caractéristiques thérapeutiques des patients de l’étude.

 

Aspects évolutifs

 

Après un suivi moyen de 31,4 ± 23,2 semaines (extrêmes : 1–72 semaines) quinze patients (16,7%) ont été perdus de vue dont 11 patients dès le premier mois. Durant cette période d’étude, 31 décès (34,4%) ont été enregistrés avec un taux brut de mortalité de 0,6 personnes-années.

Le taux de survie à un mois était de 86.5 % pour l’ensemble des patients. La durée moyenne de suivi des patients décédés était de 15,6 ± 17,7 semaines (extrêmes : 1–60 semaines) et leur âge moyen de 52,4 ± 14,9 ans (extrêmes : 23–83 ans). Treize patients de sexe féminin (33.3%) et 18 autres de sexe masculin (35,3 %) sont décédés (RR = 1,03 ; IC 95% : 0,76 - 1,39 ;  p = 0,8). Le DFG moyen chez les patients décédés était de 32,4 ± 26 ml/min/1,73 m2 (extrêmes : 2,7 - 91,2 ml/min/1,73 m2) contre 53,9 ± 32, 6ml/min/1,73 m2 [IC 95% : 7,9 -34,9 ; p = 0,002]. La figure 1 montre les courbes de survie globale et en fonction de l’atteinte rénale. La cause initiale de décès était l’insuffisance rénale terminale (17 cas), les hémorragies cérébrales (7 cas), le SCA (02 cas), la mort subite (02 cas), une infection sévère (02 cas) et un AVCI avec un important œdème péri-lésionnel (01 cas). Le caractère anciennement connu de l’HTA, la survenue d’un AVCH, et l’œdème aigu du poumon (OAP) étaient les facteurs indépendamment associés au décès (p < 0,05) (tableau 4).

Au cours du suivi, la non compliance au traitement antihypertenseur était observée chez 51 des 75 patients non perdus de vue soit un taux de mauvaise observance thérapeutique de 68%. Onze patients avaient présenté au moins une nouvelle complication. Il s’agissait d’un OAP chez neuf patients, d’une insuffisance cardiaque congestive dans six cas, d’un AVCH dans un cas et d’un SCA dans un cas.

 

 

DISCUSSION

 

meilleure accessibilité des patients hypertendus aux soins de qualité.

 

Il est bien connu qu’en Afrique sub-saharienne (ASS), c’est la sévérité des symptômes et/ou l’importance du handicap qui motive le recours aux structures de santé. L’HTA reste ainsi longtemps méconnue et le diagnostic est porté à l’occasion des grandes complications évolutives cardiovasculaires et/ou rénales[18]. En effet, dans notre contexte, les premiers signes peuvent s’apparenter aux signes de paludisme ou d’un syndrome pseudo-grippal (céphalées, vertiges, nausées) et traités dans un premier temps comme tels ou banalisés et mis dans le cadre d’une fatigue et traités de façon symptomatique pendant plusieurs mois voire années. La complication, lorsqu’elle est bruyante devient ainsi le mode de découverte de la maladie. Malheureusement certaines complications telles que l’atteinte rénale sont si insidieuses qu’elles peuvent entrainer une auto-aggravation de l’HTA. Dans notre série, 79 patients (87,7%) présentaient au moins une complication à l’admission et une atteinte rénale (DFG < 60ml/min/1,73m2) était retrouvée dans 61,1% des cas. Les raisons de la grande fréquence des complications de l’HTA sont probablement multifactorielles : le caractère longtemps asymptomatique de l’HTA « silent killer », le déficit de dépistage systématique (la plupart des dispensaires sont dépourvus de tensiomètres) et les facteurs génétiques[3,19].

 

 

De plus, au cours du suivi, seulement 24 patients dans notre série avaient une bonne observance thérapeutique. Il est clairement démontré que la non compliance au traitement anti-HTA est fortement associée au mauvais contrôle tensionnel et à la survenue d’évènements cardiovasculaires [20,21]. L’implication du cercle familial complique parfois la prise en charge. L’absence d’assurance maladie dans notre pays est un frein important à la prise en charge des maladies surtout chroniques.

 

La mortalité globale était de 34,4% dans notre étude corroborant les données de Yaméogo et al au Burkina Faso [9]. Le caractère anciennement connu de l’HTA, la survenue d’un AVC hémorragique, et l’œdème aigu du poumon étaient les facteurs indépendamment associés au décès (p < 0,05). Le fort taux de mortalité  de la super HTA en ASS s’expliquerait par le retard à la consultation et à la prise en charge, les conditions socio-économiques défavorables et la précarité des moyens de prise en charge [9].

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

 

 

 

Tableau 1

 

 

Caractéristique

Valeur

Age moyen en années ± déviation standard, (extrêmes)

50,87 ± 14,

 3 (21 – 83)

Tranches d’âge, n (%)

21 – 54 ans

57 (63,33)

55 – 69 ans

22 (24,44)

70 - 83 ans

11 (12,22)

Sexe masculin (%)

51 (56,7)

Résidence urbaine (%)

70 (77,8)

Niveau d’instruction, n (%)

Analphabète

45 (50,0)

 Primaire

  8 (8,9)

     Secondaire

27 (30)

Supérieur

10 (11,1)

Facteurs de risque cardiovasculaire, n (%)

Diabète

13 (14,4)

Tabac

10 (11,1)

Dyslipidémie

32 (35,5)

Obésité

26 (28,9)

Syndrome métabolique

26 (28,9)

Alcoolisme

19 (21,1)

Sédentarité

22 (24,4)

Abus d’anti-inflammatoires non stéroïdiens

33 (36,7)

Prise de toxiques

  3 (3,3)

 

Tableau 2 

 

 

Caractéristique

Valeur

Motif de consultation, n (%)

Céphalées

62 (68,9)

     Dyspnée

23 (25,6)

     Vertiges

26 (28,9)

     Palpitations

16 (17,8)

Douleurs thoraciques

14 (15,6)

     Troubles visuels

18 (20,0)

     Déficit moteur

28 (31,1)

     Bourdonnements d’oreilles

  7 (7,8)

     Epistaxis

  4 (4,4)

Index de masse corporel moyen (kg/m2)± DS

24,7 ± 6,3

Tour de taille moyen (cm) ± DS

93 ± 13,8

Pression artérielle systolique moyenne (mmHg)± DS

239,1 ± 21,9

Pression artérielle diastolique (mmHg) moyenne ± DS

144,1 ± 16,5

Insuffisance cardiaque aigüe congestive n, (%)

19 (21,1)

Œdème aigu pulmonaire n, (%)

  9 (10,0)

Syndrome coronarien aigu n, (%)

  2 (2,2)

Encéphalopathie hypertensive n, (%)

  4 (4,4)

Accident vasculaire cérébral ischémique n, (%)

20 (22,2)

Accident vasculaire cérébral hémorragique n, (%)

15 (16,7)

Créatininémie (µmol/l), moyenne ± DS

285,2 ± 349,9

DFGMDRD (ml/min/m2 sc), moyen ± DS

42,8 ± 30,9

Fond d’œil, n=37

    Normal

16 (43,3)

Stade I

  2 (5,4)

    Stade II

11 (29,7)

    Stade III

  8 (21,6)

Parois du ventricule gauche (n=81)

     Normale (%)

19 (23,5)

     Hypertrophie concentrique (%)

61 (75,3)

     Hypertrophie excentrique (%)

  1 (1,2)

Cardiomyopathie dilatée, n (%)

  8 (8,9)

 

Tableau 3

 

 

Caractéristique

Effectif (n)

Pourcentage (%)

Nombre de médicaments antihypertenseurs

     1

  3

  3,3

     2

32

35,6

     3

41

45,5

     4

14

15,6

Diurétiques

59

65,6

Beta bloquants

17

18,9

IEC/ARA II

78

86,7

Inhibiteurs calciques

90

100

Antihypertenseurs centraux

  2

  2,2

Hémodialyse

10

11,1

 

 

Figure 1 : Courbes de survie globale et en fonction de l’atteinte rénale

Tableau 4

Facteurs associés au décès en analyse uni et multivariée selon le modèle Cox

 

Variable

Analyse univariée

Analyse multivariée

HR

IC à 95%

P

HR

IC à 95%

p

Age

1,03

0,99-1,04

0,31

 

 

 

Sexe

1,15

0,56-2,36

0,69

 

 

 

Analphabète

1,11

0,55-2,25

0,76

 

 

 

HTA connu

0,41

0,17-0,95

0,03

0,30

0,09-0,93

0,01

Dysfonction rénale⃰

3,03

1,29-7,1

0,01

2,11

0,83-5,33

0,11

Observance thérapeutique§

0,07

0,01-0,48

0,007

0,13

0,02-1,01

0,05

HVG

5,79

1,38-24,38

0,017

3,42

0,77-15,25

0,1

CMD

0,80

1,19-3,36

0,76

 

 

 

Encéphalopathie HTA

3,26

0,98-10,9

0,054

 

 

 

AVCI

1,20

0,52-2,79

0,67

 

 

 

AVCH

4,77

2,26-10,08

<0,001

8,42

3,21-22,06

<0,001

SCA

9,18

2,09-40,42

0,003

4,35

0,68-28,04

0,12

Insuffisance cardiaque

2,20

0,99-4,89

0,053

 

 

 

OAP

4,64

1,85-11,65

0,001

3,38

1,15-9,97

0,01

Complication au cours du suivi

3,47

1,62-7,47

0,001

2,36

0,79-7,07

0,12

 

REFERENCES

 

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