Get Adobe Flash player
English (UK)Français (FR)
7149875
Today
Total :
7727
7149875

Évaluation du coût direct de la prise en charge de l’hypertension artérielle en milieu cardiologique africain.

Evaluation of the direct cost of managing arterial hypertension at a tertiary cardiology center in West Africa.

TF DIABY, AA ECHUA MANZAN, T MICESSE, NY N’DA KOUAKOU, D MBE, K MASSENDJÉ SARA, C ZENABOU, N’CHO-MOTTOH MP, C IKLO.

 

RESUME

 

Introduction : L'hypertension dans les pays à revenu faible et intermédiaire comme la Côte d'Ivoire a une importance économique en raison de sa forte prévalence et de son coût. L'objectif de cette étude est d'estimer le coût direct de la prise en charge pour les patients hypertendus en consultation externe à l'Institut de Cardiologie d'Abidjan.

Méthodes : Nousavons mené une étude prospective auprès d'adultes âgés de18 ans et plus suivis régulièrement en consultation externe. Nous avons interrogé 353 patients, et des informations sur la gestion des soins et les coûts associés ont été collectées. Les coûts indirects n’ont pas été inclus dans l’étude. Nous avons calculé le coût moyen annuel supporté par ces patients.

Résultats : Dans l'ensemble, le coût annuel moyen de la prise en charge pour les patients était de 204 585 FCFA, IC 95% [190 274- 218 896]. Le coût médical direct moyen qui s'élevait à 198 710 FCFA représentait le coût du traitement médicamenteux, des consultations ainsi que des examens complémentaires. Le coût du traitement médicamenteux était plus élevé chez les patients ayant une pression artérielle contrôlée comparativement à ceux ayant une pression artérielle non contrôlée et s'élevait respectivement à 161 626±108 586 FCFA et 131 726 ±153 164 FCFA. 30% des patients dépassaient le seuil de dépense catastrophique.

Conclusion : Les patients hypertendus subissent des coûts directs substantiels. Les taux de coûts catastrophiques illustrent l'urgence d'améliorer la protection sociale contre les risques financiers pour ces patients et de renforcer les soins primaires afin d'assurer l'accessibilité des soins pour l'hypertension.

 

  

MOTS CLES 

Hypertension, coûts médicaux directs, soins ambulatoires, Côte d’Ivoire, soins de santé primaires, dépenses de santé catastrophiques.

 

 

 

SUMMARY

 

Introduction: Hypertension in low- and middle-income countries like Côte d'Ivoire is economically significant due to its high prevalence and cost. The objective of this study was to estimate the direct cost of care for hypertensive patients seen in outpatient consultations at the Abidjan Cardiology Institute.

Methods: We conducted a prospective study of adults aged 18 years and older who were regularly followed in outpatient consultations. We interviewed 353 patients, and information on care management and associated costs was collected. Indirect costs were not included in the study. We calculated the average annual cost incurred by these patients.

Results: Overall, the average annual cost of care for patients was 204,585 FCFA, 95% CI [190,274 - 218,896]. The average direct medical cost, amounting to 198,710 FCFA, represented the cost of medication, consultations, and additional tests. The cost of medication was higher in patients with controlled blood pressure compared to those with uncontrolled blood pressure, amounting to 161,626 ± 108,586 FCFA and 131,726 ± 153,164 FCFA, respectively. 30 % of patients exceeded the catastrophic expenditure threshold.

Conclusion: Hypertensive patients incur substantial direct costs. The catastrophic cost rates highlight the urgent need to improve social protection against financial risks for these patients and to strengthen primary care to ensure access to hypertension treatment.

 

  

KEY WORDS 

 

Hypertension, direct medical costs, outpatient care, Ivory Coast, primary health care, catastrophic health expenditure.

 

 

 

1.Institut de Cardiologie d’Abidjan

 

Adresse pour correspondance

Traore Fatou Epse Diaby

Tel : +225 0748898585

Email : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

 

 

 

  

 

INTRODUCTION

 

 

 

L’hypertension artérielle (HTA) figure incontestablement parmi les enjeux majeurs de santé publique à l’échelle mondiale, en raison de son impact considérable sur la morbidité et la mortalité d’origine cardiovasculaire. D’après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un adulte sur trois dans le monde est concerné par cette pathologie [1].

 

Elle constitue une préoccupation majeure dans les pays en voie de développement, puisqu’au cours des quatre dernières décennies, les niveaux de la tension artérielle les plus élevés dans le monde sont passés des pays à revenu élevé aux pays à faible revenu d’Asie du Sud et d’Afrique subsaharienne [2].

 

En Afrique subsaharienne, le nombre de personnes vivant avec une hypertension artérielle est estimé à 74,7 millions, une augmentation de 68 % (125,5 millions) du nombre de personnes hypertendues est attendue en 2025 en Afrique [3].

 

Les récentes études menées par le Programme National de Lutte contre les Maladies Métaboliques en Côte d’Ivoire en 2017 estiment une proportion de 39,9 % de personnes âgées entre 20 et 79 ans souffrant de l’hypertension artérielle, principal facteur de risque cardiovasculaire, soit quatre (4) personnes sur dix (10), une prévalence assez inquiétante allant de 14 % en 1974 à 40 % en 2017 et parmi ceux dépistés 1/3 d’entre ces malades l’ignorent, seulement 27 % acceptent d’être traités [4].

 

L’hypertension artérielle représente un fardeau de par sa prévalence élevée, sa mortalité, ses nombreuses complications évolutives et son coût pour l’individu et la société [5].

 

L’évaluation du fardeau économique de la maladie est un outil utile pour les processus décisionnels ou pour réformer les politiques de santé publique [6]. Les analyses de coûts permettent de mettre en évidence les besoins réels en financement ou les ressources indispensables à la mise en œuvre d’un service.  Elles offrent également aux gestionnaires de programme, soucieux d’en améliorer le contenu, la possibilité d’examiner plusieurs alternatives et de sélectionner la plus adéquate [6].

 

Cependant, les études dans notre contexte sont anciennes. En 2003, l’American Heart Association a estimé que le coût du traitement de l’HTA et de ses complications aux Etats-Unis était d’environ 37,2 milliards de dollars américains [7]. En Chine, les coûts médicaux directs de l’hypertension artérielle étaient estimés à 19,1 milliards de yuans en 2002 [8].

 

Dans certains pays africains le coût annuel direct était estimé à 189,0 dollars américains pour le Maroc, à 310,71 dollars pour le Kenya et 91,72 dollars américains en Éthiopie [9, 10,11].

 

En Côte d’Ivoire, Rondouba a estimé dans une étude en 2005 le coût global annuel de la prise en charge de l’hypertension artérielle à 890 156 630 FCFA [12].

 

Depuis, la situation économique et sociale du pays a beaucoup changé. Il est donc important d’actualiser les données sur le coût de la prise en charge de l’HTA. Cette étude vise à appréhender le poids financier de l’hypertension artérielle chez les patients suivis au service de consultation externe de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan avec comme objectif d’estimer le coût direct moyen annuel et identifier les facteurs associés au coût.

 

 

 

 

 

PATIENTS ET MÉTHODES

 

 

 

Il s’agissait d’une évaluation médico-économique centrée sur les coûts « cost-of-illness analysis » dans l’optique d’analyser le coût de la prise en charge de l’HTA pour les patients hypertendus suivis en ambulatoire. L’étude s’est déroulée sur une période de 6 mois allant de décembre 2024 à mai 2025, cette période couvrait deux saisons, la grande saison sèche et le début de la grande saison des pluies. La population concernée était composée de tous les patients pris en charge pour une hypertension artérielle au service de consultation externe de l’ICA.

 

Ont été inclus tous les patients âgés de 18 ans et plus suivis régulièrement depuis au moins 03 mois, en consultation externe de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan durant la période de l’étude et ayant un dossier médical complet.

 

N’ont pas été inclus dans notre étude les patients n’ayant pas donné leur consentement éclairé.

 

La collecte des données s’est faite sur toute la période de l’étude à l’aide d’une fiche d’enquête standardisée conçue pour cette étude, comprenant les données épidémiologiques (âge, sexe, niveau d’étude, l’assurance maladie, la profession ainsi que le revenu mensuel). Les données cliniques : les antécédents, le poids, la taille, la pression artérielle prise au moment de l’entretien, l’ancienneté de l’HTA ainsi que la présence ou non de complications. La pression artérielle était mesurée avec un tensiomètre validé de la marque OMRON, chez les patients en position assise, après au moins 5 minutes de repos. Un brassard adapté à la circonférence du bras était utilisé, avec le bras placé à hauteur du cœur et les pieds au sol. Trois mesures consécutives étaient réalisées à 1 à 2 minutes d’intervalle. La moyenne des trois valeurs était retenue. Le contrôle tensionnel était défini par une pression artérielle inférieure à 140/90 mmHg selon les recommandations ESC 2024 [13].

 

Les données sur la prise en charge thérapeutique : le protocole thérapeutique, la classe thérapeutique, la posologie, les consultations médicales, les examens complémentaires (bilan biologique, ECG, échocardiographie), le transport.

 

Le calcul du coût direct prenait en compte les coûts directs médicaux (coûts des consultations, des médicaments, du bilan biologique, de l’ECG et de l’échocardiographie) et les coûts directs non médicaux (frais de transport).

 

 Le coût des médicaments a été calculé en interrogeant directement le patient sur les prix des différents médicaments. La quantité annuelle des médicaments a été déterminée en fonction du nombre de boites mensuelles prescrites. De même, le coût des examens complémentaires a été obtenu en associant les différents bilans réalisés dans l’année aux prix en vigueur à l’ICA. Enfin, le coût de la consultation était de 8 000 FCFA et sa validité était de deux semaines. Il a été multiplié par le nombre moyen de consultations dans l’année pour obtenir le coût annuel des consultations.

 

S’agissant du coût du transport, il a été estimé par le patient lui-même pour un trajet aller-retour, puis multiplié par le nombre moyen de consultations dans l’année pour le suivi.

 

Les coûts indirects n’ont pas été abordés dans cette étude.

 

Le coût direct annuel moyen était considéré comme catastrophique quand il dépassait 10 % du revenu annuel individuel.

 

Le calcul de la taille d’échantillon a été fait selon la formule suivante :

 

N= [Z² P (1-P) / δ²]   avec P = 39,9 % [4], N =la taille de l’échantillon, Z= niveau de confiance (1,96) pour un degré de confiance de 95 %, P= Prévalence attendue, δ= Précision souhaitée 5 %.

 

Le nombre de sujets à inclure dans l’étude était donc d’au moins 369 patients.

 

La saisie et l'analyse des données ont été réalisées à l'aide des logiciels Microsoft Excel 2019 et Epi info version 7.2.6.0. Les résultats ont été représentés sous forme de moyennes, d’effectifs, d’écart type, de fréquences ou de proportions. La différence était statistiquement significative pour p <0,05. Nous avons utilisé les tests de comparaison statistiques Chi-2 et de Fisher pour les variables qualitatives et le test de Mann-Whitney pour les variables quantitatives. Les intervalles de confiance à 95 % ont été calculés selon la loi de Student, selon la formule IC 95 %= X ± t (0,95 ; n-1) x ET / √n où ET représente l’écart-type, X le coût moyen, n l’effectif et t (0,95 ; n-1) la valeur critique de la distribution de Student à n-1 degrés de liberté.

 

L'étude a été conduite dans le respect des principes éthiques de la recherche, après autorisation des responsables de l'ICA et avec garantie de l'anonymat des données. Numéro d’approbation du comité d’éthique institutionnel  (Institut de cardiologie d’Abidjan) : AKJB/AAR 89-2024 / MSHP/CMU/ICADG//DMS

 

 

 

 

 

 

 

RESULTATS

 

 

Cette étude a été réalisée sur un échantillon de 353 patients hypertendus. La majorité des patients étaient des femmes (53,26 %), la classe d’âge entre 45 et 70 ans était la plus représentée (62,04 %) Tableau 1.Sur le plan éducatif, 37 % des patients avaient le niveau secondaire, tandis que 22 % n'avaient aucun niveau d’instruction. Sur le plan professionnel, les retraités (36 %) et les personnes sans profession (25 %) étaient les plus représentés. Le revenu moyen mensuel était relativement bas, estimé à 166 665 FCFA (Moyenne calculée sur la base du revenu individuel, non sur les moyennes de catégories arrondies) (Tableau 2). Toutefois, 67 % des patients n’étaient pas couverts par une assurance maladie. Sur le plan des antécédents médicaux, les facteurs de risque les plus fréquents étaient la dyslipidémie (31 %), l’obésité (24 %) et le diabète  (22 %).

 

En ce qui concerne le contrôle de la pression artérielle, seulement 52 % des patients présentaient une PA contrôlée (tableau 3). L’ancienneté moyenne de l’HTA était de 9 ans. 69 % des patients présentaient des complications, les plus fréquentes étant la cardiopathie hypertensive, suivie de l’AVC et de l’AOMI (artériopathie oblitérante des membres inférieurs). Tableau 4.

 

La bithérapie était le schéma thérapeutique le plus courant (47 %), suivie de la polythérapie (34 %) et de la monothérapie (19 %) (Tableau 5). La classe médicamenteuse la plus utilisée était celle des inhibiteurs calciques.

 

                                                                                                                                                   Le coût annuel moyen global s’élevait à 204 585 ± 136 710 FCFA, IC 95 % [190 274- 218 896] dont la grande majorité était liée aux médicaments, consultations et examens complémentaires voir tableau 6.  30 % des patients dépassaient le seuil de dépense catastrophique. Le niveau de contrôle de la pression artérielle était associé au coût du traitement médicamenteux avec une différence statistiquement significative (p<0,001) voir tableau 7.

 

La présence de complication ou non n’était pas associée au coût du traitement médicamenteux. Tableau 8.

 

 

 

 

 

 

 

DISCUSSION

 

 

 

Dans notre étude, l’âge moyen était de 62,37 ans ± 13,47 ans, cette moyenne reste sensiblement identique aussi bien chez les femmes que chez les hommes avec respectivement une moyenne de 61± 13 ans et 64±14 ans. En 2021, Khilou [9] avait trouvé une moyenne d’âge de 60,6 ± 11,2 ans et Konan LG, dans une étude à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan, avait retrouvé une moyenne d’âge de 62,69 ans [14].

 

L’hypertension artérielle résulte le plus souvent de la combinaison de plusieurs facteurs de risque, parmi lesquels l’âge occupe une place prépondérante. En effet, le vieillissement entraîne une perte de souplesse des artères, favorisant ainsi une élévation progressive, notamment de la pression artérielle systolique.

 

Plus de la moitié des patients était de sexe féminin (53,26%) avec un sexe ratio de 0,88. Cette prédominance féminine a été observée par plusieurs auteurs. En effet, Baldé et al. en Guinée Conakry ont trouvé une proportion de 56,7 % de femmes [15]. Badiane a trouvé une prévalence de 64% dans une étude réalisée au Sénégal en 2024 [16]. En effet, à la ménopause, la disparition de l'effet protecteur des œstrogènes endogènes notamment leur action vasodilatatrice et antiproliférative sur les vaisseaux ainsi que l'apparition d'une hyperandrogénie relative, contribuent à l'élévation de la pression artérielle chez les femmes de plus de 50 ans.

 

Dans notre étude, 21,53% des patients n’avaient jamais été scolarisés. Parmi les 78,47% scolarisés, le niveau secondaire était le plus représenté avec une prévalence de 36,83%. Ce taux élevé de personnes scolarisées se rapproche de celui de Badiane avec une prévalence de 60 % au Sénégal [16]. En effet, le niveau de scolarité joue un rôle déterminant dans l'éducation thérapeutique des patients : plus ces derniers sont instruits, plus ils sont capables de comprendre les informations médicales et d’adhérer aux traitements prescrits.

 

Dans notre cohorte, les retraités représentaient la catégorie socio-professionnelle la plus élevée avec une prévalence de 35,97%, la catégorie des professions intermédiaires et employés représentaient 13,31%. Ces résultats sont comparables à ceux de Konan LG [14] qui avait observé une prévalence de 31,9% de retraités et 22,9% de professionnels du secteur public et privé. Le fait que la prévalence des professions intermédiaires et employés diffère de celle des professionnels des secteurs publics et privés peut s’expliquer par le modèle de répartition des groupes socio-professionnels de l’ICA.

 

La prévalence plus élevée de l’hypertension chez les retraités peut s’expliquer par l’accumulation, au fil des années, de facteurs de risque tels que le stress professionnel chronique. En particulier, les fonctionnaires, souvent exposés à un stress soutenu durant leur carrière, peuvent développer une hypertension qui se manifeste ou s’aggrave après la retraite.

 

Le revenu moyen mensuel était de 166 665 FCFA ce qui se rapproche des résultats de Khilou [9], qui avait observé un revenu moyen inférieur à 2 000 dirhams au Maroc, soit 125 750 FCFA.

 

Un revenu modeste peut limiter l’accès à une alimentation équilibrée, à une activité physique régulière ou à un suivi médical régulier, ce qui pourrait contribuer à une augmentation du risque d’hypertension artérielle.

 

Dans notre étude, le facteur de risque le plus retrouvé était la dyslipidémie suivie de l’obésité et du diabète avec des prévalences respectives de 31%, 24% et de 22%. Ces résultats rejoignent ceux de Pessinaba et al. qui ont observé des prévalences de 36,3%, 23% et de 10,4% respectivement pour les dyslipidémies, l’obésité et le diabète [17], et à ceux de Prince-Agbodjan qui observait une prévalence de 19,7% de diabétiques [18].

 

Les personnes atteintes de diabète présentent un risque accru de développer une hypertension artérielle (HTA), en raison de troubles métaboliques tels que l’insulino-résistance. Ces altérations métaboliques entraînent une surcharge au niveau du système vasculaire ainsi que des anomalies dans le fonctionnement des parois artérielles, ce qui contribue à une aggravation de l’état clinique. Par ailleurs, la présence simultanée de diabète, d’HTA, de dyslipidémie et d’obésité constitue un facteur aggravant majeur, augmentant significativement le risque de complications cardiovasculaires graves comme l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral.

 

La majorité des patients (52%) présentait une pression artérielle contrôlée (PA< 140/90). Ces résultats sont en opposition avec ceux de Khilou, qui a observé une prévalence plus élevée (53,1%) de patients ayant une PA non contrôlée et 46,9% de PA contrôlée [9]. Ces résultats peuvent être expliqués par le fait que la plupart des patients ayant pris part à notre étude étaient déjà sous traitement antihypertenseur. Le recours aux traitements antihypertenseurs est directement lié au niveau de la pression artérielle. En effet, plus la pression artérielle est élevée, plus le risque de complications cardiovasculaires augmente, ce qui justifie une prise en charge thérapeutique continue et adaptée à l’intensité de l’hypertension.

 

La durée moyenne d’évolution de l’hypertension artérielle était de 09 ans. Les patients dont la durée moyenne d’évolution était supérieure à 10 ans étaient les plus représentés (50,14 %). Dans des études réalisées sur l’HTA, Tougouma et al. avaient trouvé une durée moyenne d’évolution ≥ 10ans chez 38,89% des patients [19] ; Rigal et al. observaient une durée moyenne de 8-9 ans [20]. Ces données mettent en évidence la nature chronique de cette pathologie.

 

Dans notre étude, plus de la moitié (69,41%) présentait une complication de l’hypertension artérielle. Les complications les plus fréquentes étaient la cardiopathie hypertensive (44,08%), les accidents vasculaires cérébraux (22,04%) et l’AOMI (21,63%).  Dans une étude réalisée au Mali en 2024, Niambélé a observé une prévalence de 42,1% pour l’insuffisance cardiaque et 26,31% pour les AVC [21]. Ces résultats sont conformes à nos résultats puisque dans notre étude l’insuffisance cardiaque était représentée dans le groupe des cardiopathies hypertensives. Ces résultats révèlent une méconnaissance généralisée de l'hypertension artérielle (HTA) au sein de la population, qui ne consulte souvent qu’à l’apparition de symptômes graves ou de complications.

 

Dans l’ensemble, la majorité des patients était sous bithérapie (47 %) suivie de la polythérapie avec une prévalence de 34 % et la monothérapie 19 %. La classe thérapeutique la plus utilisée était celle des inhibiteurs calciques aussi bien en monothérapie qu’en association avec une prévalence de 39,70% des prescriptions en monothérapie suivi des IEC qui représentaient 22,05 %. Ces résultats sont comparables à ceux de Doukoure, ayant trouvé une prévalence de prescription de la bithérapie à 71,8 % [22]. Pour Cissoko et al., la bithérapie représentait 35,4 % des prescriptions et la classe thérapeutique la plus utilisée était celle des inhibiteurs calciques avec une prévalence de 69,9% [23]. Chaya avait trouvé une prévalence de 32,5 % pour les inhibiteurs calciques [24].

 

Cette ressemblance pourrait s’expliquer par le fait que la bithérapie permet d’optimiser l’efficacité du traitement tout en diminuant le risque d’effets indésirables.

 

Le coût moyen direct médical dans notre étude était de 198 710 ±136 662 FCFA. Le coût des médicaments antihypertenseurs représentait les ¾ du coût moyen médical et s’élevait à 146 102 ± 131 711 FCFA soit 73,5 % suivi du coût des examens complémentaires qui s’élevait à 42 539 ± 36 201 FCFA soit 21,4 %, les consultations médicales représentaient 5,1 % de ce coût soit 10 068 ± 4 256 FCFA. Ces résultats sont comparables à ceux de Oyando et al. au Kenya qui ont observé un coût moyen médical direct à 310,71US$ soit 180 637 FCFA (Taux de change = 581,3675 en 2025) [10]. Par contre, Huang Yi et al. en Chine avaient trouvé un coût moyen médical direct plus élevé que le nôtre, estimé à 467,2 US$ soit 271 615 FCFA (Taux de change = 581,3675 en 2025) [25]. Ces variations peuvent être expliquées par les différentes approches de calcul de coût ou par le fait que dans la plupart de ces études, seuls les coûts du traitement antihypertenseur sont pris en compte.

 

Dans notre étude, le coût moyen direct non médical était représenté par le transport et il s’élevait à 5 875 FCFA IC 95% [5 467 – 6 253], soit 2,9% du coût direct moyen global. Rondouba, en 2005, avait trouvé un coût comparable au nôtre de 5 296 FCFA (1,8%) [12].

 

Dans notre étude, le coût direct moyen annuel de la prise en charge de l'hypertension artérielle s'est élevé à 204 585 FCFA ± 136 710, IC 95 % [190 274- 218 896] pour un échantillon de 353 patients, soit un coût mensuel moyen de 17 048,75 FCFA par patient hypertendu. Ce montant représente 10,22 % du revenu annuel moyen (1 999 980 FCFA), le revenu mensuel moyen étant de 166 665 FCFA soit 22,73 % du SMIG ivoirien (SMIG=75 000 FCFA en Côte d’Ivoire), traduisant ainsi une charge financière non négligeable. Cette proportion souligne la charge potentielle de ces dépenses pour les ménages, en particulier dans un contexte socio-économique marqué par une couverture sanitaire limitée.

 

Nos résultats étaient relativement comparables à ceux rapportés par Afassinou et al., au Togo, qui avaient retrouvé un coût direct moyen annuel de la prise en charge ambulatoire de l'hypertension artérielle à 181 892,5 FCFA. Dans leur étude, ce montant représentait environ 43,31 % du SMIG togolais [26], un pourcentage nettement supérieur à celui observé dans notre série (22,73 %).  Cette différence pourrait être due au niveau du salaire minimum des deux pays qui était de 35 000 FCFA au Togo (Depuis 2012 jusqu’à 2022), contre 75 000 FCFA en Côte d’Ivoire (Depuis 2023). Ainsi, malgré des coûts annuels moyens proches, le poids financier apparait plus important au Togo.

 

Au Burkina Faso, Hien et al. avaient estimé le coût médical direct à 74 626,9 FCFA par an, soit environ 6 219 FCFA par mois, un montant nettement inférieur à celui retrouvé dans notre étude [27].

 

La connaissance précise des coûts associés à la prise en charge de l'hypertension artérielle est essentielle pour orienter les politiques publiques de santé. Elle permet aux autorités sanitaires et administratives d'évaluer les besoins budgétaires réels et de mettre en place des mécanismes de financement plus efficients, susceptibles d'alléger le fardeau économique pesant sur les patients et, par extension, sur l'ensemble du système de santé.

 

Dans notre étude, les patients qui présentaient au moins une complication de l’HTA avaient une dépense moyenne annuelle supérieure à ceux ne présentant aucune complication.  Bien que les patients présentant au moins une complication affichaient une dépense annuelle moyenne supérieure à celle des patients sans complication (149 733 FCFAcontre 137 868 FCFA), cet écart n’était pas statistiquement significatif. Ainsi, la présence de complications ne représentait pas un facteur statistiquement associé au coût de la prise en charge de l’hypertension avec une valeur de p à 0,93. Ces résultats concordent avec ceux de Adane et al., qui avaient trouvé que les complications n’étaient statistiquement pas associées au coût de la prise en charge de l’hypertension artérielle avec p=0,218 [11].

 

Le coût moyen annuel médicamenteux était plus élevé chez les patients dont la pression artérielle était contrôlée (161 626 FCFA) que chez ceux ayant une pression artérielle non contrôlée (131 726 FCFA). Il existe une association statistiquement significative (p < 0,001) entre le niveau de pression artérielle et le coût moyen annuel.

 

Ces résultats sont comparables à ceux de Nakamura et al., qui avaient trouvé une association positive entre le niveau de pression artérielle et le coût de la prise en charge de l’HTA. Les stades de pré-hypertension et d’HTA grade I étaient associés à un coût plus élevé par rapport au grade II d’HTA (p < 0,01) [28]. Cette association entre le coût et le niveau de pression artérielle pourrait s’expliquer par plusieurs hypothèses. En effet, les patients qui ont un traitement plus lourd notamment une polythérapie avec des médicaments plus chers, parviendraient à être contrôlés, alors que ceux ayant une monothérapie ou un accès limité aux soins ne le seraient pas. Aussi, les patients qui dépensent plus et donc achètent leurs médicaments régulièrement seront plus observants et donc mieux contrôlés.

 

Les résultats de notre étude présentent plusieurs implications majeures.

 

Tout d’abord, ils offrent une meilleure compréhension de l’impact financier lié à la prise en charge des patients hypertendus en Côte d’Ivoire. Cette connaissance permet de mieux adapter les stratégies de prévention et de traitement en fonction du niveau socio-économique de la population générale. Ensuite, cette étude contribue à l’actualisation des données sur les coûts de la prise en charge de l’hypertension dans notre contexte.

 

Elle constitue également une base de référence pertinente pour améliorer la qualité de la prise en charge.

 

 

 

Limites

 

 

 

-        Des biais de sélection des sujets : patients déjà suivis à l’ICA. Aussi, une comparaison des caractéristiques de notre échantillon avec l’ensemble de la file active des patients hypertendus suivis à l’ICA n’a pas été réalisée, de ce fait l’absence d’évaluation formelle de cette représentativité constitue une limite de notre étude.

 

-        Des biais d’information : outil de collecte des données basé sur la mémoire des patients

 

-        La différence de prix des médicaments entre les pharmacies

 

-        Le caractère monocentrique de l’étude.

 

-        Le calcul de la taille d’échantillon basé sur la prévalence de l’HTA à l’ICA, et non sur la variable principale (Coût moyen annuel).

 

-        La comparaison des coûts en dollars internationaux (USD/PPA) non réalisée.

 

-        Taille de l’échantillon : 353 patients ont été inclus au lieu des 369 requis par la formule de Schwartz. Ce déficit reste néanmoins mineur car il maintient une précision réelle robuste de 5,11%.

 

Tout ceci pourrait conduire à sous-estimer l’évaluation des coûts de la prise en charge de l’HTA.

 

 

 

 

 

CONCLUSION 

 

 

 

En conclusion, notre étude met en évidence le fardeau financier considérable que représente la prise en charge de l'hypertension artérielle pour les patients en Côte d'Ivoire. En effet, le coût direct moyen annuel de la prise en charge de l'hypertension artérielle était estimé à 204 585 FCFA, soit un coût mensuel moyen de 17 048,75 FCFA, représentant environ 10,22 % du revenu annuel moyen (1 999 980 FCFA), le revenu mensuel moyen étant de 166 665 FCFA et 22,73% du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Ces données témoignent d’une charge financière significative.

 

Les coûts médicaux directs, notamment ceux liés aux médicaments, constituaient la majeure partie des dépenses.

 

Par ailleurs, 67 % des patients n’étaient pas couverts par une assurance maladie, soulignant ainsi leur vulnérabilité financière face aux dépenses de la maladie.

La promotion et la vulgarisation de la couverture maladie universelle (CMU) apparaissent ainsi essentielles pour améliorer l’accès aux soins et favoriser ainsi un meilleur contrôle tensionnel.

 


 

 

 

 

REFERENCES

 

1.World Health Organization. Global report on hypertension : the race against a silent killer. Geneva : World Health Organization; 2023.

2. Gaziano TA, Bitton A, Anand S, Abrahams-Gessel S, Murphy A. Growing epidemic of coronary heart disease in low- and middle-income countries. Curr Probl Cardiol. 2010;35(2):72-115. 

3. Ogah OS, Rayner BL. Recent advances in hypertension in sub-Saharan Africa. Heart. 2013;99(19):1390-7.       

4. Ekra KD, Okoubo G, Orsot T, Ekou KF. Hypertension in the adult population in Côte d’Ivoire: prevalence and associated factors. Int J Trop Dis Health. 2021;42(13):18-29.

5. Kaplan NM, Opie LH. Controversies in hypertension. Lancet. 2006;367(9505):168-76. 

6. Jo C. Cost-of-illness studies: concepts, scopes, and methods. Clin Mol Hepatol. 2014;20(4):327-37.

7. Elliott WJ. The economic impact of hypertension. J Clin Hypertens (Greenwich). 2003;5(3 Suppl 2):3-13.

8. Zhai Y, Hu JP, Kong LZ, Zhao WH, Chen CM. Economic burden of coronary heart disease and stroke attributable to hypertension in China. Zhonghua Liu Xing Bing Xue Za Zhi. 2006;27(9):744-7.

9. Khilou K. Estimation du coût de la prise en charge des malades hypertendus en ambulatoire dans la région de Fès [Thèse]. Maroc: Université Sidi Mohamed Ben Abdellah ; 2021. Disponible sur : https://doi.org/10.83129/toubkal-17906

10. Oyando R, Njoroge M, Nguhiu P, Kirui F, Mbui J et al.Patient costs of hypertension care in public health care facilities in Kenya. Int J Health Plann Manage. 2019;34(2):E1166-78.

11. Adane E, Atnafu A, Aschalew AY. The cost of illness of hypertension and associated factors at the University of Gondar comprehensive specialized hospital northwest Ethiopia, 2018. Clinicoecon Outcomes Res. 2020;12:133-40.

12. Rondouba D. Evaluation du coût de prise en charge de l’hypertension artérielle a l’institut de cardiologie d’Abidjan [thèse]. Côte d’Ivoire : Université de Cocody, UFR sciences médicales;2005.  

13. McEvoy JW, McCarthy  CP, Bruno RM et al. 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension: Developed by the task force on the management of elevated blood pressure and hypertension of the European Society of Cardiology (ESC). Eur Heart J. 2024;45(38):3912-4018. 

14. Konan LG, Abina A, Kouame KS, Ilupeju V, Kumassi TAJ. Evaluation de l'observance thérapeutique des patients hypertendus à l'Institut de Cardiologie d'Abidjan. J Sah Sci Santé. 2026;6(1):1766-73.

15. Baldé MD, Sylla IS, Béavogui M, Mbem AC, Baldé EY, Sylla D et al.Évaluationduniveaud’observancethérapeutiquechez les hypertendus suivis en ambulatoire au service de cardiologie del’hôpitalnationalIgnaceDeenDeConakry.RevIntScMéd. 2017 ;19(2):105-9. 

16. Badiane MB. Evaluation du niveau de connaissance des patients hypertendus sur l’hypertension artérielle à l’hôpital de la paix de Ziguinchor en 2024 [Thèse]. Ziguinchor (SN) : Université Assane Seck de Ziguinchor ; 2024.

 

17. Pessinaba S, Mbaye A, Yabéta GD, et al.Prevalence survey of cardiovascular risk factors in the general population in St. Louis (Senegal). Ann Cardiol Angeiol. 2013;62(4):253-8.

18. Prince-Agbodjan WKKM. Aspects épidémiologiques, cliniques et évolutifs de l'hypertension artérielle chez le sujet âgé de 60 ans et plus : à propos de 208 cas colligés à l'hôpital principal de Dakar [Thèse]. Dakar : UCAD (Sénégal);2014.

19. Tougouma SJB, Hien H, Aweh AB, Yaméogo AA, Meda Z et al. Prévalence et connaissances de l’hypertension artérielle chez les personnes âgées : étude transversale menée à Bobo-Dioulasso, Burkina Faso. Pan Afr Med J. 2018;30:243.

20. Rigal L, Falcoff H, Rahy Z et al.Absence de conseils hygiéno-diététiques donnés aux hypertendus et caractéristiques des patients et de leur médecin généraliste. Glob Health Promot. 2013;20(2):33-42.

21. Niambélé Z. Aspects épidémiologiques de l’hypertension artérielle dans cinqcommunesdeBamako[Thèse].Bamako:Universitédessciences,des techniques et des technologies de Bamako ; 2024.

22. Doukoure B. HTA du sujet âgé : aspects epidémio-cliniques et thérapeutiques dans le service de cardiologie au CHU Gabriel Touré [Thèse]. Bamako (Mali) : Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako ; 2025.

23. Cissoko AS, Dembélé B, Diakité M, Ba HO, Fofana CH et al. L’hypertension artérielle du sujet âgé au CHU Gabriel Toure (Bamako). Health Sci. Dis. 2022;23(8).

24. Chaya N. Hypertension artérielle du sujet âgé: Aspects épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques au cours des cinq dernières années au service de médecine interne [Thèse]. Bamako (Mali) : Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako ; 2014. 

25. Huang Y, Liu Y, Yang X, Li J, Fang P. Global budget payment system helps to reduce outpatient medical expenditure of hypertension in China. Springerplus. 2016;5(1):1877.

26. Afassinou YM, Baragou S, Pio M, Bikela KV, Oloude N et al. Coût direct de la prise en charge ambulatoire de l’hypertension artérielleau CHU Sylvanus Olympio de Lomé. J Rech Sci Univ Lomé. 2022;24(1-2):121-30.

27. Hien H, Sie MAW, Tougouma JB, Meda ZC, Ilboudo P, Sakana L et al.Direct costs of healthcare for hypertensive patients in Burkina Faso. Sciences de la santé. 2018;41(2):35-43.

28. Nakamura K, Okamura T, Kanda H, Hayakawa T, Kadowaki T, Okayama A et al.Health Promotion Research Committee of the Siga National Insurance Organizations. Impact of hypertension on medical economics: A 10-year follow-up study of national health insurance in Shiga, Japan. Hypertens Res. 2005;28(11):859-64.