Get Adobe Flash player
English (UK)Français (FR)
7149848
Today
Total :
7700
7149848

Prévalence et facteurs associés à la dysfonction érectile chez le patient hypertendu suivi à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan, Côte d’Ivoire.

Prevalence and factors associated with erectile dysfunction in hypertensive patients followed at the Abidjan Heart Institute, Côte d’Ivoire.

SOYA E.1, KOFFI F.1, MIGITABA H.M.2, SAID BRAHIM S.3, KALLO A.O.1, KONIN C.1

 

RESUME

 

Introduction : La dysfonction érectile (DE), ou trouble de l’érection, est définie comme l’incapacité persistante ou récurrente à obtenir et/ou à maintenir une érection suffisante pour permettre un rapport sexuel satisfaisant.

Objectif : étudier la prévalence et les facteurs associés à la DE dans une population de patients hypertendus suivis en ambulatoire, et évaluer, par écho-Doppler pénien pharmaco-induit, les mécanismes physiopathologiques de la DE.

Matériel et méthodes : Il s’agissait d’une étude observationnelle, transversale, à visée descriptive et analytique, menée sur une période de 4 mois, du 1er mars au 30 juin 2025, à partir de l’Indice international de la fonction érectile (IIEF) dans sa traduction française.

Résultats : Au total, 210 patients hypertendus, âgés de 19 à 88 ans, ont été étudiés. L’âge médian était de 61 ans. La prévalence de la DE était de 24,28 % (51 patients). Parmi les 51 patients présentant une DE, 34 ont donné leur consentement pour la réalisation de l’écho-Doppler pénien pharmaco-induit, soit une proportion de 66,66 %. La DE était sévère chez 11 des 51 patients (21,57 %). Les causes de la DE étaient dominées par une étiologie veino-occlusive, prédominante dans 55,9 % des cas. Les facteurs associés à la DE en analyse bivariée étaient le diabète (p = 0,025) et la dyslipidémie (p = 0,035) ; en analyse multivariée, seule la dyslipidémie restait associée (ORa = 2,49 ; p = 0,014). Concernant le traitement, aucune des bithérapies ou trithérapies analysées n’a montré d’association statistiquement significative avec la survenue de la DE.

Conclusion : La DE constitue une complication fréquente chez les patients hypertendus. Dans notre étude, le recours au pharmaco-écho-Doppler pénien a permis une meilleure évaluation des mécanismes physiopathologiques. 

 

MOTS CLES 

Dysfonction érectile – hypertension artérielle – prévalence – facteurs associés – Côte d’Ivoire.

 

 

SUMMARY

 

 

 

Introduction: Erectile dysfunction (ED) is defined as the persistent or recurrent inability to achieve and/or maintain an erection sufficient for satisfactory sexual intercourse. Objective: to investigate the prevalence and factors associated with ED in a population of hypertensive patients followed in an outpatient setting, and to assess, using drug-induced penile Doppler ultrasound, the pathophysiological mechanisms of ED. Materials and methods: This was a cross-sectional, observational study with descriptive and analytical aims, conducted over a 4-month period from March 1st to June 30th, 2025, using the International Index of Erectile Function (IIEF) in its French translation.

Results: A total of 210 hypertensive patients, aged 19 to 88 years, were studied. The median age was 61 years. The prevalence of ED was 24.28% (51 patients). Of the 51 patients with ED, 34 consented to the drug-induced penile Doppler ultrasound, representing 66.66%. ED was severe in 11 of the 51 patients (21.57%). The causes of ED were predominantly veno-occlusive, accounting for 55.9% of cases. In bivariate analysis, factors associated with ED were diabetes (p = 0.025) and dyslipidemia (p = 0.035); in multivariate analysis, only dyslipidemia remained associated (aOR = 2.49; p = 0.014). Regarding treatment, none of the analyzed dual or triple therapies showed a statistically significant association with the occurrence of ED. Conclusion: ED is a frequent complication in hypertensive patients. In our study, the use of drug-induced penile Doppler ultrasound allowed for a better assessment of the pathophysiological mechanisms. 

 

KEY WORDS 

Erectile dysfunction – hypertension – prevalence – associated factors – Côte d’Ivoire.

 

1. Service des soins intensifs médicaux, Institut de Cardiologie d’Abidjan (ICA), Centre Hospitalier Universitaire de Treichville, Abidjan, République de Côte d’Ivoire

2. Service d’hémodynamique, Institut de Cardiologie d’Abidjan (ICA), Centre Hospitalier Universitaire de Treichville, Abidjan, République de Côte d’Ivoire

3. Service des explorations, Institut de Cardiologie d’Abidjan (ICA), Centre Hospitalier Universitaire de Treichville, Abidjan, République de Côte d’Ivoire

 

Adresse pour correspondance 

Dr MIGITABA H.M.

Institut de Cardiologie d’Abidjan (ICA)

E-mail : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

 

 

 

    INTRODUCTION

 

 La dysfonction érectile (DE), ou trouble de l’érection, est définie par l’incapacité persistante ou récurrente à obtenir et/ou à maintenir une érection satisfaisante lors d’un rapport sexuel [1]. C’est un symptôme courant, affectant la vie sexuelle et relationnelle du couple. Elle touche 50 % des hommes entre 40 et 70 ans dans le monde et augmente progressivement avec l’âge [2]. En France, la prévalence était de 31,6 % en 2001 chez les hommes de plus de 40 ans [3]. En Afrique, la prévalence de la DE est sous-estimée dans la plupart des pays. En Côte d’Ivoire, nous n’avons pas trouvé d’études publiées abordant directement la question de la dysfonction érectile chez les hypertendus. Une prévalence de 60 % a toutefois été rapportée chez les patients coronariens ivoiriens [4] ; cependant, il faut souligner que cette population coronarienne n’est pas superposable à celle des hypertendus, ces deux profils de risque cardiovasculaire n’étant pas directement comparables. Au Niger, la prévalence de la DE est estimée à 34 % dans une population de patients hypertendus [5].

L’hypertension artérielle (HTA), facteur de risque indépendant de la DE, touche environ 27 à 28 % de la population adulte âgée de 20 ans et plus en Afrique subsaharienne [6]. En Côte d’Ivoire, l’HTA était estimée à 20,4 % en 2017 [7]. La célèbre Massachusetts Male Aging Study (MMAS), menée par le groupe de Boston, a montré que la DE était plus fréquente chez les sujets présentant des facteurs de risque cardiovasculaire (FRCV) associés [8].

La dysfonction érectile chez le patient hypertendu est un phénomène complexe résultant de multiples mécanismes physiopathologiques. L’HTA induit une dysfonction endothéliale altérant la production de monoxyde d’azote (NO), essentiel à la relaxation des vaisseaux sanguins péniens, et réduisant ainsi le flux sanguin nécessaire à l’érection [9]. De plus, des déséquilibres entre vasoconstricteurs et vasodilatateurs (angiotensine II, aldostérone, endothéline-1) exacerbent la rigidité des artères péniennes et entravent l’afflux sanguin [10]. Le stress oxydatif et l’inflammation chronique, fréquemment observés chez les hypertendus, aggravent la détérioration de l’endothélium vasculaire et contribuent à la DE [11]. Enfin, les médicaments antihypertenseurs, bien qu’efficaces pour contrôler la pression artérielle, peuvent interférer avec la fonction érectile, notamment les bêtabloquants et les diurétiques [12].

Le but de cette étude était d’étudier la prévalence et les facteurs associés à la dysfonction érectile dans une population de patients hypertendus suivis à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan, et d’évaluer, par écho-Doppler pénien pharmaco-induit, les mécanismes physiopathologiques (profil étiologique) de la DE chez ces patients.

Hypothèse de recherche : nous formulons l’hypothèse selon laquelle la dysfonction érectile est plus fréquente chez les patients hypertendus suivis à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan, et qu’elle est significativement associée à des facteurs de risque cardiovasculaires, démographiques et thérapeutiques tels que l’âge, le contrôle de la pression artérielle et la durée de l’hypertension.

 

  

METHODES

 

 Type d’étude

 

Il s’agissait d’une étude observationnelle, monocentrique, de type transversal, à visée descriptive et analytique, menée sur une période de 4 mois, du 1er mars au 30 juin 2025, dans les services de consultation externe et d’explorations de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan (ICA), hôpital de référence nationale en Côte d’Ivoire pour la prise en charge des maladies cardiovasculaires.

 

Population d’étude

 

L’étude a concerné tous les patients hypertendus traités, de sexe masculin, âgés de 18 ans et plus, quel que soit le stade de l’hypertension, ayant consulté en ambulatoire durant la période d’étude.

Échantillonnage

Nous avons procédé à un échantillonnage exhaustif, en incluant tous les patients répondant aux critères d’inclusion et de non-inclusion pendant la période de l’étude.

Taille de l’échantillon

La taille de l’échantillon a été déterminée à l’aide de la formule de Daniel Schwartz :

N = Z² p q / i²

où Z = écart réduit (1,96) ; i = marge d’erreur (5 %) ; p = prévalence (60 %, d’après une étude antérieure [4]) ; q = 1 − p ; N = taille de l’échantillon. L’application de cette formule aboutissait à une taille théorique de 369 sujets ; le recrutement exhaustif sur la période de 4 mois a permis d’inclure 210 patients répondant aux critères, écart pris en compte dans l’interprétation des résultats.

 

Critères d’inclusion et de non-inclusion

 

Ont été inclus les patients répondant aux critères suivants : patient régulièrement suivi en consultation, bonne observance thérapeutique, activité sexuelle régulière et ayant donné son accord. Après validation de l’étude par le comité d’éthique de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan, un consentement éclairé a été recueilli auprès de chaque participant. N’ont pas été inclus les patients non consentants, sexuellement inactifs, ou présentant un antécédent de chirurgie urologique, une maladie de La Peyronie ou un traumatisme de la verge.

 

Collecte des données

 

Les patients étaient reçus le jour de leur rendez-vous de consultation externe. Une entrevue en face-à-face était réalisée par l’investigateur principal à l’aide d’un questionnaire standardisé incluant des variables sociodémographiques et cliniques. Les patients remplissaient également un auto-questionnaire évaluant leur statut érectile. Les données recueillies comprenaient des informations sociodémographiques (âge, niveau d’éducation, profession, lieu de résidence). Les paramètres anthropométriques incluaient le poids (kg), la taille (m) et l’indice de masse corporelle (IMC, calculé en divisant le poids par le carré de la taille), ainsi que la pression artérielle systolique (PAS), la pression artérielle diastolique (PAD) et la fréquence cardiaque (FC). Les facteurs de risque cardiovasculaires (FRCV) et les antécédents médicaux étaient également recueillis, notamment l’HTA, le diabète, le tabagisme, les dyslipidémies, l’insuffisance rénale chronique, l’hérédité coronarienne, l’obésité, ainsi que les antécédents d’accident vasculaire cérébral (AVC) et d’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI). Les paramètres biologiques mesurés comprenaient la glycémie, la créatininémie et le bilan lipidique (cholestérol total, LDL-cholestérol, HDL-cholestérol).

L’évaluation de la sexualité au cours des quatre dernières semaines a été réalisée à partir de la grille de l’IIEF-5 (International Index of Erectile Function), questionnaire standardisé utilisé pour évaluer la fonction érectile [1]. Il comporte cinq questions portant sur différents aspects de la fonction érectile : la confiance dans l’obtention et le maintien de l’érection, la rigidité de l’érection lors des stimulations sexuelles, la capacité à maintenir l’érection pendant le rapport, la difficulté à rester en érection et le niveau de satisfaction des rapports sexuels. Chaque question est notée sur une échelle de 1 à 5 :

-        la confiance à obtenir et à maintenir une érection (question I) ;

-        la fréquence d’une rigidité de l’érection suffisante pour permettre la pénétration (question II) ;

-        la fréquence de maintien de l’érection après la pénétration (question III) ;

-        la difficulté à maintenir l’érection jusqu’à la fin du rapport sexuel (question IV) ;

-        le degré de satisfaction des rapports sexuels (question V).

Chaque réponse reçoit une note, puis un score total compris entre 5 et 25 est calculé. Il est interprété selon les catégories suivantes : score de 21 à 25, fonction érectile normale ; 16 à 20, dysfonction érectile légère ; 11 à 15, dysfonction érectile modérée ; 5 à 10, dysfonction érectile sévère.

 

Critères de bonne observance

 

Étaient considérés comme ayant une bonne observance les patients suivis à l’Institut de Cardiologie depuis au moins 18 mois et ayant répondu de manière régulière à leurs trois derniers rendez-vous successifs.

 

Analyse des données

 

Les données ont été saisies à l’aide du logiciel Epi Data, puis analysées avec le logiciel R (version 4.3.1). L’ensemble des tests statistiques a été considéré comme significatif pour une valeur de p < 0,05. Les données quantitatives ont été résumées à l’aide de statistiques descriptives (moyenne ± écart-type ou médiane avec intervalle interquartile, selon la distribution). Les données qualitatives ont été présentées sous forme d’effectifs et de fréquences. Deux niveaux d’analyse ont été réalisés afin d’identifier les facteurs associés à la DE : une analyse bivariée explorant les associations entre chaque variable indépendante et la DE, puis une analyse multivariée.

Pour les variables qualitatives, les comparaisons ont été réalisées à l’aide du test du Chi-2 de Pearson ou du test exact de Fisher lorsque les conditions d’application du Chi-2 n’étaient pas respectées (effectifs attendus < 5). Pour les variables quantitatives, la distribution a d’abord été testée par le test de Shapiro-Wilk ; en cas de distribution normale, la comparaison entre groupes reposait sur le test de Student, dans le cas contraire sur le test de Mann-Whitney. Les variables présentant une association statistiquement significative avec la DE en analyse bivariée ont été retenues pour l’analyse multivariée.

Une régression logistique binaire a été réalisée afin d’identifier les facteurs indépendamment associés à la DE. La variable dépendante était binaire (présence vs absence de DE) et le modèle intégrait les variables sélectionnées à l’étape bivariée. Une procédure de sélection pas à pas (stepwise, ascendante ou descendante) a été appliquée. Les résultats ont été exprimés sous forme d’odds ratios (OR) ajustés avec leurs intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %). Une valeur de p < 0,05 était considérée comme statistiquement significative.

 

Considérations éthiques

 

L’étude a été approuvée par le comité d’éthique de l’ICA. Les patients ont été informés des différents aspects de l’étude et inclus après obtention de leur consentement éclairé, écrit et dûment signé. La confidentialité des informations recueillies leur a été garantie.

 

 

 

RESULTATS

  

Au total, 210 patients répondant aux critères d’inclusion ont été retenus.

L’âge médian des patients était de 61 ans (extrêmes : 19 et 88 ans). La tranche d’âge supérieure ou égale à 60 ans était la plus représentée (57,1 %). Concernant le statut matrimonial, la grande majorité des patients (93,8 %) étaient en couple. Les patients sans activité professionnelle étaient les plus nombreux (54,76 %) ; le tableau 1 regroupe les caractéristiques générales des patients.

La durée moyenne d’évolution de l’HTA était de 10,2 ans (extrêmes : 1 et 27 ans). La distribution de l’ancienneté de l’HTA était toutefois asymétrique : la majorité des patients (71,42 %) présentait une HTA évoluant depuis plus de 10 ans (tableau 2). Cette asymétrie s’explique par le fait que la moyenne (10,2 ans) est abaissée par une minorité de patients récemment diagnostiqués (valeur extrême basse à 1 an), la médiane se situant, elle, au-delà de 10 ans. Concernant le contrôle tensionnel, 136 patients sur 210, soit 64,8 %, présentaient une pression artérielle non contrôlée (tableau 2).

La dyslipidémie était le FRCV le plus fréquent (34,76 % des cas), suivie de l’obésité (32,38 %), du stress (25,71 %) et du diabète (13,8 %). Selon l’évaluation du risque cardiovasculaire fondée sur le score de Framingham, 51,0 % des patients étaient classés à haut risque, tandis que les proportions de risque modéré et faible étaient respectivement de 27,6 % et 21,4 % (tableau 3).

Nous avons enregistré 51 patients présentant une dysfonction érectile, soit 24,28 % des cas, contre 159 patients (75,72 %) ayant une fonction érectile normale. Parmi les 51 patients présentant une DE, 34 ont consenti à la réalisation de l’écho-Doppler pénien pharmaco-induit, soit une proportion de 66,66 %. Les caractéristiques ultrasonographiques sont résumées dans le tableau 4 : le pic de vélocité systolique (PSV) était normal chez 33 patients, tandis que la vitesse télédiastolique (VTD) était anormale chez 18 patients.

La dysfonction érectile légère concernait 12,9 % des patients, suivie des formes modérée et sévère, respectivement de 6,2 % et 5,2 % des cas (proportions rapportées à l’ensemble des 210 patients) (figure 1). Les causes de la dysfonction érectile étaient dominées par une étiologie veino-occlusive, prédominante dans 55,9 % des cas.

La majorité des patients suivaient une bithérapie antihypertensive (62,37 %), principalement l’association IEC + inhibiteur calcique, qui représentait 57,25 % des cas de bithérapie. La trithérapie représentait 33,81 % des cas ; parmi ces patients, l’association diurétique + IEC + IC était la plus fréquente (33,8 %), suivie de bêtabloquant + IEC + IC (26,76 %). La quadrithérapie était utilisée chez 3,80 % des patients (tableau 5).

En analyse bivariée, les FRCV significativement associés à la DE étaient le diabète (OR = 2,55 ; p = 0,025) et la dyslipidémie (OR = 2 ; p = 0,035) (tableau 6). L’âge, la durée de l’hypertension artérielle et le contrôle tensionnel n’ont pas montré d’association statistiquement significative avec la survenue de la DE (tableau 7). Aucune des bithérapies ou trithérapies analysées n’a montré d’association statistiquement significative avec la survenue de la DE ; certaines associations, comme bêtabloquant + diurétique + ARA2, présentaient un odds ratio élevé (OR = 3,2) mais avec un intervalle de confiance large et non significatif (tableau 8). En analyse multivariée, la dyslipidémie était le seul facteur significativement associé à la DE (p = 0,014) (tableau 8).

 

 

 

DISCUSSION

 Limites de l’étude

 

L’étude a été menée en milieu hospitalier, ce qui pourrait introduire un biais de sélection. De plus, la pudeur exprimée par certains patients lors des questions relatives à leur vie sexuelle a pu entraîner une sous-estimation de la gravité réelle de la DE, en particulier lors du remplissage du score IIEF-5. La nature même du questionnaire, composé de propositions fermées, ne correspond pas toujours parfaitement aux réponses des patients. Par ailleurs, la maîtrise imparfaite du français chez certains participants a pu entraîner des biais d’interprétation. Enfin, un tiers des patients n’ont pas pu réaliser l’écho-Doppler pénien, ce qui a pu limiter l’exhaustivité des données recueillies ; notre analyse des facteurs associés doit donc être interprétée avec prudence. Nos résultats demeurent néanmoins pertinents et fournissent une première estimation de la prévalence de la DE et des facteurs associés à Abidjan.

 

Prévalence et sévérité de la dysfonction érectile

 

La majorité des études menées en Côte d’Ivoire et en Afrique subsaharienne portent sur l’association entre le diabète et la dysfonction érectile. Notre étude, réalisée dans une population hypertendue, visait à déterminer la prévalence hospitalière de la DE chez les patients hypertendus suivis en consultation externe dans un centre de référence pour la prise en charge des maladies cardiovasculaires. La prévalence de la DE y était de 24,28 %. En Afrique, cette prévalence varie en raison de la diversité des populations étudiées et de différences méthodologiques ; on retrouve ainsi des prévalences supérieures à la nôtre, notamment de 58 % à Lomé (Togo) [13] et de 43,53 % à Dakar (Sénégal) [14]. Une série égyptienne multicentrique rapportait une prévalence de 43 % [15]. Malgré ces différences, la plupart des travaux montrent une prévalence plus élevée chez les hypertendus que chez les normotendus.

Par ailleurs, la répartition du statut érectile selon la sévérité était la suivante (proportions rapportées aux 51 patients présentant une DE) : dysfonction érectile légère prédominante (52,94 %), puis formes modérée (25,49 %) et sévère (21,57 %). Pessinaba et al. au Togo retrouvaient une prédominance des formes légères (60 %), contre 34 % de formes modérées et 6 % de formes sévères [13]. Une étude éthiopienne menée par Abuhay et al. en 2021 à Gondar rapportait une prévalence de 46,3 % de DE chez les hypertendus, avec 28 % de formes légères et 6 % de formes sévères [16].

Sur le plan étiologique, la dysfonction d’origine veino-occlusive était prépondérante dans notre série. Cette constatation diffère des travaux de Mahamat-Azaki et al. [4], qui avaient décrit une prédominance de dysfonction d’origine artérielle chez les patients coronariens en Côte d’Ivoire — ce qui rejoint la non-superposabilité des populations coronarienne et hypertendue soulignée en introduction.

 

Facteurs de risque cardiovasculaires associés à la dysfonction érectile

 

Le diabète, les dyslipidémies, le tabac et l’obésité sont connus comme de puissants FRCV. Dans notre population hypertendue, la présence d’un diabète augmentait significativement la prévalence de la DE. Une grande partie des travaux africains portant sur la DE concerne d’ailleurs la relation entre DE et diabète. En analyse bivariée, le diabète était un facteur associé (p = 0,025), avec un risque de DE multiplié par 2,5. Une tendance similaire a été retrouvée par Leye et al. (p = 0,0001 ; OR = 3,8) [14]. Cet effet délétère et synergique des facteurs de risque sur la fonction érectile a également été rapporté par Baldé à Conakry, Lokrou en Côte d’Ivoire, Kérékou Hodé à Cotonou et Sagna à Ouagadougou, qui trouvaient respectivement 74,1 %, 75,94 %, 74 % et 48 % [17,18,19,20].

Dans notre étude, l’analyse bivariée a mis en évidence une association statistiquement significative entre la dyslipidémie et la DE (OR = 2 ; p = 0,035). Ce résultat confirme les données de la littérature soulignant l’implication des anomalies lipidiques dans la survenue de la DE. La même observation a été faite par Mahamat-Azaki et al. chez des patients coronariens, avec une relation statistiquement significative entre dyslipidémie et DE (OR = 4,86 ; p = 0,004) [4]. Le faible taux de tabagisme dans notre étude (n = 15) limitait l’analyse de sa relation avec la DE ; le test exact de Fisher ne retrouvait pas d’association significative (OR = 0,30 ; IC 95 % : 0,05–1,65 ; p = 0,124).

 

Traitements antihypertenseurs et dysfonction érectile

 

L’analyse bivariée n’a mis en évidence aucune association statistiquement significative entre les différentes combinaisons de classes d’antihypertenseurs (bithérapies, trithérapies et quadrithérapies) et la DE. Bien que certaines combinaisons, comme l’association bêtabloquant + diurétique + ARA2, aient montré un OR élevé (3,2), la significativité n’était pas atteinte (p = 0,25), probablement en raison de la faible taille des sous-groupes. Dans la littérature, certains antihypertenseurs comme les bêtabloquants et les diurétiques thiazidiques sont associés à un risque accru de DE, tandis que les IEC, les ARA2 et les inhibiteurs calciques auraient un effet neutre ou bénéfique [21]. Il est donc possible que la combinaison de ces médicaments neutralise partiellement les effets négatifs des uns par les effets positifs des autres.

 

 

 

CONCLUSION 

 

La dysfonction érectile constitue une complication fréquente, mais encore trop souvent négligée, chez les patients hypertendus. L’analyse a mis en évidence une association entre la DE et la dyslipidémie, seul facteur indépendamment associé en analyse multivariée, le diabète n’étant associé qu’en analyse bivariée.L’un des apports majeurs de cette étude est l’intégration du pharmaco-écho-Doppler pénien, qui a permis de décrire les caractéristiques ultrasonographiques et le profil étiologique, avec une prédominance du trouble veino-occlusif.

 

 

 

 

 

 

 

 

REFERENCES

1. McCabe MP, Sharlip ID, Atalla E, Balon R, Fisher AD, Laumann E, et al. Definitions of sexual dysfunctions in women and men: a consensus statement from the Fourth International Consultation on Sexual Medicine 2015. J Sex Med. 2016 Feb;13(2):135-43.

2. Degauquier C, Absil AS, Psalti I, Meuris S, Jurysta F. Impact of aging on sexuality. Rev Med Brux. 2012 May-Jun; 33(3):153-63.

3. Giuliano F, Chevret-Measson M, Tsatsaris A, Reitz C, Murino M, Thonneau P. Prevalence of erectile dysfunction in France: results of an epidemiological survey of a representative sample of 1004 men. Eur Urol. 2002 Oct;42(4):382-9.

4. Mahamat-Azaki O, Ekou A, Soya E, N’Guetta R. Prevalence and characteristics of erectile dysfunction in coronary patients in Abidjan Heart Institute of Côte d’Ivoire. Ann Cardiol Angeiol (Paris). 2023 Apr;72(2):101575.

5. Hama I, Moctar MA, Abdoulnasser DA, Dambaki MS, Harouna H, Adehossi E, et al. La dysfonction érectile chez les patients hypertendus au Niger : une étude prospective de 100 patients à l’Hôpital National de Niamey. Health Sci Dis. 2022 Sep 30;23(10):1-7.

6. Kearney PM, Whelton M, Reynolds K, Muntner P, Whelton PK, He J. Global burden of hypertension: analysis of worldwide data. Lancet. 2005 Jan 15;365(9455):217-23.

7. Kramoh KE, Ekoua D, Abina A, Koffi KF, Koffi DBJ, Boka B, et al. May Measurement Month 2017: an analysis of blood pressure screening results in Côte d’Ivoire — Sub-Saharan Africa. Eur Heart J Suppl. 2019 Apr;21(Suppl D):D47-9.

8. Feldman HA, Goldstein I, Hatzichristou DG, Krane RJ, McKinlay JB. Impotence and its medical and psychosocial correlates: results of the Massachusetts Male Aging Study. J Urol. 1994 Jan;151(1):54-61.

9. Nunes KP, Labazi H, Webb RC. New insights into hypertension-associated erectile dysfunction. Curr Opin Nephrol Hypertens. 2012 Mar;21(2):163-70.

10. Hernández-Cerda J, Bertomeu-González V, Zuazola P, Cordero A. Understanding erectile dysfunction in hypertensive patients: the need for good patient management. Vasc Health Risk Manag. 2020 Jun 12;16:231-9.

11. Wang Z, Wang Y, Xiong J, Gan X, Bao Y, Jiang A, et al. Causal effects of hypertension on risk of erectile dysfunction: a two-sample Mendelian randomization study. Front Cardiovasc Med. 2023 Mar 21;10:1121340.

12. Dieterle T. Erectile dysfunction in arterial hypertension. Cardiovasc Med. 2014 Mar;17(3):85-92.

13. Pessinaba S, Baragou S, Pio M, Tengué K, Afassinou Y, Kpatcha M, et al. La dysfonction érectile chez l’hypertendu togolais : étude transversale chez 100 patients dans le Service de Cardiologie du CHU Campus de Lomé. Pan Afr Med J. 2015 May 22;21:47.

14. Leye MMM, Faye A, Ka O, Seck I, Tal Dia A. Facteurs de risque cardiovasculaires associés au dysfonctionnement érectile dans la région de Dakar, Sénégal. Rev Epidemiol Sante Publique. 2016 Jun;64(3):195-200.

15. Mittawae B, El-Nashaar AR, Fouda A, Magdy M, Shamloul R. Incidence of erectile dysfunction in 800 hypertensive patients: a multicenter Egyptian national study. Urology. 2006 Mar;67(3):575-8.

16. Abuhay DA, Gela YY, Getu AA. Prevalence of erectile dysfunction and associated factors among hypertensive patients attending governmental health institutions in Gondar City, Northwest Ethiopia: a cross-sectional study. Int J Hypertens. 2021 Nov 26;2021:1482500.

17. Baldé NM, Diallo AB, Baldé MC, Kaké A, Diallo MM, Diallo MB, et al. Dysfonction érectile et diabète à Conakry (Guinée) : fréquence et profil clinique à partir de 187 observations. Ann Endocrinol (Paris). 2006 Sep;67(4):338-42.

18. Lokrou A, Soumahoro SI. La dysfonction érectile chez les personnes atteintes de diabète en Côte d’Ivoire. Med Mal Metab. 2011 Apr;5(2):203-7.

19. Kérékou Hodé A, Dedjan AH. Prévalence et facteurs associés à la dysfonction érectile chez les patients diabétiques du CNHU-HKM de Cotonou. Ann Endocrinol (Paris). 2021 Oct;82(5):506. [résumé de congrès]

20. Sagna Y, Guira O, Yaméogo NV, Bagbila AP, Yanogo DA, Seghda AA, et al. Prévalence et facteurs associés à la dysfonction érectile chez le patient diabétique à Ouagadougou, Burkina Faso. Med Mal Metab. 2014 Oct;8(5):539-43.

21. Bouhanick B, Blacher J, Huyghe E, Colson MH, Boivin JM, Mounier-Vehier C, et al. Dysfonction érectile et traitement antihypertenseur : impact des différentes classes thérapeutiques et conduite à tenir à l’égard du traitement. Presse Med. 2019 Nov;48(11 Pt 1):1222-8.