Aspects électrocardiographiques et échocardiographiques de l’hypertendu âgé au CHU de Conakry.
Electrocardiographic and Echocardiographic Aspects of the Elderly hypertensive patients at the University Teaching Hospital of Conakry.
BARRY IS¹ ; CAMARA OM¹ ; BALDÉ ELHADJ Y¹ ; KEITA MS¹ ; CAMARA A¹ ; KOIVOGUI D¹ ; DIALLO S¹ ; FOFANA O¹ ; KEITA FB¹; MANSARÉ M¹, BALDÉ MD¹.
RESUME
Introduction : L’hypertension artérielle (HTA) du sujet âgé est un facteur indépendant de maladie cardio-vasculaire. De même, il s’agit d’un indicateur indépendant et puissant significativement associé à l’augmentation de la morbi-mortalité par le biais de l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque, l’insuffisance rénale et de l’atteinte cérébro-vasculaire.
Méthodes : Nous avons réalisé une étude descriptive transversale sur une durée de 12 mois, allant du 1er octobre 2023 au 30 septembre 2024.
Elle incluait les patients âgés de 60 ans ou plus :
- ·ayant une hypertension artérielle (HTA) connue ou diagnostiquée selon les critères de l’ESC/ESH (pression artérielle ≥ 140/90 mmHg ou traitement antihypertenseur en cours) ;
- ayant bénéficié à la fois d’un électrocardiogramme (ECG) de surface et d’une échocardiographie Doppler cardiaque dans le cadre de leur suivi ambulatoire ;
- ayant accepté de participer après consentement éclairé.
Résultats : Au total, 458 patients âgés hypertendus sur un nombre total de 1920 patients reçus pendant la période d’étude, soit une fréquence de 23,8%, avec une prédominance féminine soit 67,5% (tableau 1). La tranche d’âge la plus représentée était celle comprise entre 60 et 69 ans avec une fréquence de 70,5%. HVG, hypertrophie de l’oreillette gauche, et trouble de rythme ventriculaire à type d’extrasystole ventriculaire étaient les anomalies les plus retrouvées à l’électrocardiogramme avec des fréquences respectives (60,2%), 35,6% et 22,2% (tableau 2).
L’échocardiographie Doppler était effectuée chez tous nos patients. La MVG moyenne était de 107,4 ± 35,2 g/m². L’HVG était retrouvée chez 245 patients (53,4%), à prédominance concentrique 33,8% contre 19,6% d’HVG excentrique (tableau 4)
Conclusion : Cette étude avait pour objectif d’évaluer la prévalence et les caractéristiques de l’hypertrophie ventriculaire gauche chez le sujet âgé hypertendu, ainsi qu’à comparer sa détection par électrocardiogramme et échocardiographie Doppler au CHU de Conakry.
Les résultats obtenus mettent en évidence une forte prévalence des anomalies cardiaques structurelles et électriques, dominée notamment par l’hypertrophie du ventricule gauche (HVG) et de l’oreillette gauche. L’électrocardiogramme s’est révélé plus sensible que l’échocardiographie dans la détection de l’HVG.
MOTS CLES
Hypertension, Âgés, Électrocardiographie, Échocardiographie, Afrique subsaharienne, Hypertrophie ventriculaire gauche.
SUMMARY
Introduction: high blood pressure (HBP) in elderly patients is an independent factor of cardiovascular disease. Similarly, it is an independent and powerful indicator significantly associated with increased morbidity and mortality through myocardial infarction, heart failure, renal failure and cerebrovascular involvement.
Methods: we conducted a cross-sectional descriptive study over a period of 12 months, from October 1, 2023 to September 30, 2024. It included patients aged 60 or over, with known or diagnosed high blood pressure (HBP) according to the ESC/ESH criteria (blood pressure ≥ 140/90 mmhg or antihypertensive treatment in progress), having benefited from both a surface electrocardiogram (ECG) and a Cardiac Doppler Echocardiogram as part of their follow-up outpatient and also, having agreed to participate after the informed consent.
Results: in total, 458 elderly hypertensive patients out of a total number of 1920 patients seen during the study period or a frequency of 23.8%, with a female predominance of 67.5% (table 1). The most represented age group was between 60 and 69 years old with a frequency of 70.5%. Left ventricular hypertrophy (LVH), left atrial enlargement (LAE), and ventricular arrhythmias such as ventricular extrasystole were the most common abnormalities found on the ECG with respective frequencies of 60.2%, 35.6% and 22.2% (table 2). Doppler echocardiography was performed in all our patients. Left ventricular mass mean (LVM) was 107.4 ± 35.2 g/m². LVH was found in 245 patients (53.4%), predominantly concentric LVH 33.8% versus 19.6% eccentric LVH (table 4).
Conclusion: this study aimed to evaluate the prevalence and characteristics of left ventricular hypertrophy in the elderly hypertensive, as well as to compare its detection by ECG and Doppler echocardiography at the University Teaching Hospital of Conakry.
The results obtained highlight a high prevalence of structural and electrical cardiac abnormalities, dominated particularly by the left ventricular hypertrophy and left atrial enlargement. The ECG was found to be more sensitive than echocardiography in the detection of left ventricular hypertrophy.
KEY WORDS
Hypertension, Aged, Electrocardiography, Echocardiography, Sub Saharan Africa, Left Ventricular Hypertrophy.
1. Service de cardiologie du CHU Ignace Deen, Guinée, Conakry
Adresse pour correspondance
Dr BARRY Ibrahima Sory
Maître de Conférences Agrégé en Cardiologie
Faculté des Sciences et Techniques de la Santé, UGANC
Guinée
BP : 1117
Téléphone : (00224) 621 95 34 34
E-mail :
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INTRODUCTION
L’hypertension artérielle (HTA) est un facteur de risque cardiovasculaire (FDRCV) majeur dans la survenue d’accidents vasculaires cérébraux, d’insuffisances cardiaques, d’insuffisances rénales et de maladies coronaires qui représentent les principales causes de décès dans le monde [1]. L’HTA est actuellement reconnue comme un problème de santé publique à l’échelle mondiale en raison de sa fréquence et des risques de maladies cardiovasculaires et rénales qui lui sont attachés [2].
HTA du sujet âgé est un facteur indépendant de maladie cardio-vasculaire. De même, il s’agit d’un indicateur indépendant et puissant significativement associé à l’augmentation de la morbi-mortalité par le biais de l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque, l’insuffisance rénale et de l’atteinte cérébro-vasculaire [3].
Les données épidémiologiques indiquent une augmentation de la pression artérielle avec l'âge, avec une prévalence de l'HTA (pression artérielle ≥ 140/90 mmHg) d'environ 55 % dans les populations âgées de 65 à 74 ans [4]. En Afrique subsaharienne, la prévalence de l’HTA dans la tranche d’âge de 60-69 ans chez les hommes et chez les femmes atteint des taux respectifs de 57,4% et 61,5% [5].
Au Togo, DAMOROU.F et al en 2010 ont constaté une prévalence de l’HTA du sujet âgé était de 74,3 %[6].
Au Sénégal, Simon A et al ont rapporté en 2016 que la prévalence de l’HTA chez le sujet âgé était de 19,26% avec un âge moyen qui était de 69,9 ± 7,6 ans 60-91 ans [7].
En Guinée, Camara A et al en 2009, ont retrouvé dans leur série une fréquence de 29,4% chez les hommes et de 30,4% chez les femmes. Elle était de 62,5% chez les 44-64 ans [8].
L’électrocardiogramme est un examen simple, accessible, peu coûteux permettant de détecter des complications de l’HTA. Par ailleurs, il peut fournir des éléments pronostiques. L’échocardiographie est beaucoup plus précise pour la détection du retentissement de l’HTA et bien d’autres affections sur le cœur. Elle permet une meilleure approche du risque cardio-vasculaire global et permet quelques fois de guider le traitement [4].
En Guinée, les données relatives aux manifestations électrocardiographiques et échocardiographiques de l’hypertension artérielle chez le sujet âgé sont encore insuffisantes.
Pourtant, cette population présente un risque élevé de complications cardiovasculaires liées au retentissement chronique de l’HTA. De plus, peu d’études locales ont évalué conjointement les anomalies détectées à l’ECG et à l’échocardiographie chez ces patients. Cette insuffisance de données justifie la réalisation de cette étude au CHU de Conakry afin de mieux caractériser les atteintes cardiaques observées chez l’hypertendu âgé.
Dans ce contexte, cette étude vise à évaluer la prévalence et les caractéristiques de l’hypertrophie ventriculaire gauche chez le sujet âgé hypertendu, ainsi qu’à comparer sa détection par électrocardiogramme et échocardiographie Doppler. Elle a également pour objectifs secondaires de décrire le profil sociodémographique de cette population, d’identifier les anomalies électrocardiographiques associées, et d’analyser le retentissement cardiaque global de l’hypertension.
METHODES
Type et période d’étude
Nous avons réalisé une étude descriptive transversale sur une durée de 12 mois, allant du 1er octobre 2023 au 30 septembre 2024
Cadre et population
L’étude a été menée dans le service de cardiologie du CHU Ignace Deen de Conakry (Guinée). Étaient inclus les patients :
- âgés de 60 ans ou plus (seuil choisi en raison de la définition locale du sujet âgé et de la baisse de l’espérance de vie en Afrique subsaharienne) ;
- ayant une hypertension artérielle (HTA) connue ou diagnostiquée selon les critères de l’ESC/ESH (pression artérielle ≥ 140/90 mmHg ou traitement antihypertenseur en cours) [9];
- ayant bénéficié à la fois d’un électrocardiogramme (ECG) de surface et d’une échocardiographie Doppler cardiaque dans le cadre de leur suivi ambulatoire ;
- ayant accepté de participer après consentement éclairé.
Critères d’exclusion
Ont été exclus :
- les patients présentant une cardiopathie structurelle non hypertensive (valvulopathie significative, cardiomyopathie dilatée primitive, cardiomyopathie hypertrophique non hypertensive, cardiopathie congénitale) ;
- les antécédents d’insuffisance rénale chronique sévère (clairance < 30 mL/min) ou de BPCO connue ;
- les porteurs de stimulateur cardiaque ;
- les patients dont les données ECG ou échocardiographiques étaient incomplètes (au moins un paramètre manquant pour les variables principales).
Après l’application des critères d’exclusion susmentionnés, aucun patient n’a été retiré de l’étude. Tous les patients éligibles ont été informés des objectifs de celle -ci et ont donné leur consentement pour y participer.
Taille d’échantillon et méthode de recrutement
La taille d’échantillon minimale nécessaire a été calculée a priori à l’aide de la formule de Schwartz pour une étude transversale :
avec un niveau de confiance de 95 % (Z = 1,96), une prévalence attendue de l’hypertrophie ventriculaire gauche (HVG) échographique chez l’hypertendu âgé de 50 % (d’après les données régionales, références [Niakara et al., Simon et al.]), et une précision (d) de 5 %. Le calcul a donné 384 patients. Pour pallier d’éventuelles données manquantes, nous avons inclus 458 patients consécutifs (échantillonnage exhaustif de tous les patients éligibles pendant la période d’étude, sans tirage aléatoire).
Recueil des données
Les données ont été recueillies sur une fiche préétablie comprenant :
- variables sociodémographiques : âge, sexe, profession ;
- antécédents et facteurs de risque : durée de l’HTA (années), traitement antihypertenseur en cours (classes médicamenteuses), diabète, tabagisme, sédentarité, indice de masse corporelle (IMC) ;
- données ECG : fréquence cardiaque, durée de l’onde P, indices de Sokolov-Lyon et de Cornell, recherche d’HVG électrique, hypertrophie atriale gauche, troubles du rythme (extrasystoles, fibrillation auriculaire), troubles de la conduction (blocs de branche, hémibloc), troubles de la repolarisation ;
- données échocardiographiques : diamètres, surfaces, masses, fonctions systolique et diastolique.
Tous les ECG ont été interprétés par deux cardiologues indépendants (aveugles des données cliniques), avec un accord inter-observateur évalué par le coefficient kappa (κ > 0,85 pour les principales anomalies). En cas de désaccord, un troisième cardiologue a tranché.
Les échocardiographies ont été réalisées par deux opérateurs expérimentés (≥ 5 ans de pratique) à l’aide d’un appareil GE Vivid T8 (sonde 2,5-3,5 MHz). Les enregistrements ont été relus en central par un troisième expert pour validation. La variabilité inter-observateur a été calculée sur 10 % des examens (coefficient de corrélation intraclasse > 0,90 pour la masse ventriculaire gauche).
Examens paracliniques
Électrocardiogramme
Un ECG de surface à 12 dérivations a été enregistré chez tous les patients (vitesse 25 mm/s, gain 10 mm/mV). L’HVG électrique a été définie par l’indice de Cornell (SV3 + RaVL) > 28 mm chez l’homme et > 20 mm chez la femme. L’hypertrophie atriale gauche a été retenue selon les critères classiques (onde P > 0,12 s, biphasique en V1).
Échocardiographie Doppler
L’examen a été réalisé systématiquement chez tous les patients inclus (et non pas « en cas d’indication »). Les mesures ont été effectuées selon les recommandations de l’American Society of Echocardiography (ASE) en vigueur (Lang et al., 2015) [10] .
- Masse ventriculaire gauche (MVG) : calculée par la formule de Devereux corrigée :
MVG = 0,8 x [1,04 x ((EDD + IVSd + PWd)3 - (EDD)3)] + 0,6
où EDD = diamètre télédiastolique du VG, IVSd = septum interventriculaire, PWd = paroi postérieure.
La MVG a été indexée à la surface corporelle (SC) selon la formule de Du Bois (la plus utilisée en Afrique subsaharienne).
Seuils d’HVG échographique : > 115 g/m² chez l’homme, > 95 g/m² chez la femme.
- Géométrie du VG : classée en normale, remodelage concentrique, HVG concentrique (épaisseur pariétale relative ≥ 0,42 + HVG) et HVG excentrique.
- Fonction diastolique : évaluée par le flux mitral (onde E, onde A, rapport E/A), temps de décélération de l’onde E, et vélocité Doppler tissulaire annulaire (e’ septal et latéral). La classification a suivi les recommandations de l’ASE/EACVI 2016 [11] (critères à 4 variables) en trois types :
Type I = trouble de la relaxation (E/A < 0,8),
Type II = remplissage pseudo-normal (E/A 0,8-1,5 + rapport E/e’ ≥ 14),
Type III = remplissage restrictif (E/A > 2,0 + temps de décélération < 150 ms).
- Fonction systolique : fraction d’éjection du VG (FEVG) par méthode de Simpson biplan, et TAPSE (pour le ventricule droit).
Analyse statistique
Les données ont été saisies sur Excel et analysées avec le logiciel Epi Info 7 (CDC, Atlanta). Les variables quantitatives sont exprimées en moyenne ± écart-type (ou médiane et intervalle interquartile en cas de non-normalité, testée par Shapiro-Wilk). Les variables catégorielles sont présentées en effectifs et pourcentages, avec leurs intervalles de confiance à 95 % (méthode de Wilson).
Pour la comparaison des moyennes entre deux groupes, nous avons utilisé le test t de Student (ou test de Mann-Whitney si non-normalité). La comparaison des proportions a été réalisée par le test du χ² (ou test exact de Fisher si les effectifs théoriques étaient < 5). Le seuil de signification statistique a été fixé à p < 0,05.
Considérations éthiques
L’étude a été approuvée par le Comité d’éthique institutionnel du CHU Ignace Deen). Tous les patients ont donné un consentement éclairé écrit. Les données ont été anonymisées avant analyse.
RESULTAT
Au total, 458 patients âgés hypertendus sur un nombre total de 1920 patients reçu pendant la période d’étude, soit une fréquence de 23,8% (figure 1), avec une prédominance féminine soit 67,5% (tableau 1). La tranche d’âge la plus représentée était celle comprise entre 60 et 69 ans avec une fréquence de 70,5% (Tableau1). HVG, hypertrophie de l’oreillette gauche et trouble de rythme ventriculaire à type d’extrasystole ventriculaire étaient les anomalies les plus retrouvées à l’électrocardiogramme avec des fréquences respectives (60,2%), 35,6% et 22,2% (tableau 2).
L’échocardiographie Doppler était effectuée chez tous nos patients. La MVG moyenne était de 107,4 ± 35,2 g/m². L’HVG était retrouvée chez 245 patients (53,4%), à prédominance concentrique 33,8% contre 19,6% d’HVG excentrique (tableau 4)
DISCUSSION
Nous avons colligé 458 patients âgés hypertendus sur un nombre total de 1920 patients reçus pendant la période d’étude, soit une fréquence de 23,8%.
Nos résultats sont comparables à ceux trouvés par Simon A et al. en 2016 dans leur étude au Sénégal, qui avaient trouvé une fréquence de 19,26% [7]. Nos résultats restent par contre inférieurs à ceux de Somnoma JBT et al [12] au Burkina Faso en 2018 qui avaient trouvé une prévalence de 78,9%.
La grande variation de la prévalence entre les études peut être attribuée à la taille de l’échantillon.
L’âge moyen était de 67,7 ± 6,0 ans avec des extrêmes de [60-90 ans]. La tranche d’âge la plus représentée était celle comprise entre 60 et 69 ans avec une fréquence de 70,5%. Nos données étaient superposables à celles de Simon A et al [7] en 2016 au Sénégal, qui ont trouvé un âge moyen de 69,9 ± 7,6 ans.
La pression artérielle a tendance à augmenter avec l’âge, dans notre contexte cela pourrait s’expliquer par le manque d’information sur les maladies cardiovasculaires et certains modes de vie : le tabagisme, la sédentarité et la consommation incontrôlée du sel chez ces personnes.
On notait une prédominance féminine avec une fréquence de 67,5% contre 32 ,5% soit un sex-ratio H/F de 0,48. Cette prédominance féminine était également notée dans d’autres études, c’est le cas d’El Achhab Y et al [13] en 2019 au Maroc, et Desormais I et al [14] en 2019 au Benin , qui ont noté une prédominance féminine avec les proportions respectives de 28% et 33% . Nos données sont conformes à la littérature qui confirme une prédominance féminine due à la ménopause, secondaire à la suppression de l’action protectrice des œstrogènes.[15,16].
Dans notre travail, nous avons retrouvé 60,2% de cas d’HVG électrique et 35,6% d’HAG électrique. Nos résultats étaient supérieurs à ceux de Simon A et al [7] en 2016 à Dakar qui avaient trouvé dans leur étude que l’HVG électrique est noté dans 28,8% des cas.
Les troubles du rythme sur l’ECG étaient retrouvés dans 39,9% des cas. Ils étaient dominés par les extrasystoles en général et celles ventriculaires en particulier 22,2%. Nos résultats étaient supérieurs à ceux de Simon A et al [7] en 2016 à Dakar qui avaient trouvé dans leur étude que des extrasystoles ventriculaires étaient observées dans 8,6% des cas.
L’échocardiographie Doppler était effectuée chez tous nos patients. La MVG moyenne était de 107,4 ± 35,2 g/m². L’HVG était retrouvée chez 245 patients (53,4%), à prédominance concentrique 33,8% contre 19,6% d’HVG excentrique. Ces données sont comparables à celles retrouvées dans l’étude Niakara et al [17] qui ont retrouvé 53,3% d’HVG chez le Noir africain hypertendu.
Jaleta retrouvait en Ethiopie une prévalence de l’HVG de 52% dans une population âgée en moyenne de 55 ans [18] . En effet, L’hypertension artérielle chronique induit une hypertrophie ventriculaire gauche concentrique, associée à une fibrose myocardique qui altère la conduction électrique et favorise les troubles de conduction, surtout chez le sujet âgé. En contexte africain, Adebayo RA et al. ont montré une association entre HVG et anomalies électrocardiographiques chez les hypertendus, soutenant l’existence de ce continuum physiopathologique [19] .Ce continuum s’explique par l’activation prolongée des systèmes neuro- hormonaux, notamment le système rénine- aldostérone et le système sympathique entrainant une augmentation durable de la postcharge et une réorganisation structurale du myocarde[19] . Cette réponse adaptative devient progressivement délétère, avec une accumulation de collagène interstitiel et une désorganisation des jonctions intercellulaires, responsables d’une hétérogénéité de conduction électrique [20]. Chez le sujet âgé africain hypertendu, souvent exposé à un diagnostic tardif et à un contrôle tensionnel insuffisant, ces modifications sont plus marquées, ce qui favorise l’émergence plus fréquente de trouble du rythme et de la conduction à expression clinique parfois tardive.
La prévalence plus élevée de l’HVG électrique (60,2%) par rapport à l’HVG échographique (53,4%) observée dans notre série constitue un résultat inhabituel, l’échocardiographie étant classiquement reconnue comme la méthode de référence pour l’évaluation de la masse ventriculaire gauche. Selon les recommandations de l’American Society of Echocardiography et de l’European Association of Cardiovascular Imaging , l’échocardiographie offre une meilleure sensibilité pour la détection de l’HVG, notamment grâce à l’estimation quantitative de la masse ventriculaire gauche [10]. Cette discordance pourrait s’expliquer, d’une part, par une possible surestimation de l’HVG à l’ECG liée aux critères diagnostiques utilisés, notamment ceux de Cornell, dont la sensibilité accrue peut se faire au détriment de la spécificité, générant ainsi des faux positifs. D’autre part, certaines limites de l’échocardiographie, telles que la variabilité des mesures, la qualité des fenêtres acoustiques chez le sujet âgé ou l’utilisation de seuils indexés, pourraient conduire une sous-estimation de la masse ventriculaire gauche. Par ailleurs, dans notre population de sujets âgés hypertendus, des altérations électriques liées à la fibrose myocardique ou aux troubles de conduction pourraient être détectées par l’ECG indépendamment d’une hypertrophie anatomique significative. Ainsi, cette discordance refléterait davantage une complémentarité des deux méthodes.
Classiquement, la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) reste longtemps conservée dans la cardiopathie hypertensive, et la dysfonction systolique apparaît à un stade avancé. Quant à la dysfonction diastolique, elle est fréquente, précoce, apparaissant avant même l’installation de l’HVG [7]. Les troubles de la relaxation sont prépondérants, tel est le cas dans notre série, retrouvés dans 65% pour le trouble de la relaxation diastolique du VG, 25,3% de fonction diastolique du VG pseudo normale et 7,8% de remplissage restrictif du VG tandis que la dysfonction systolique du VG était de 22,3%. Nous avons trouvé des pressions de remplissage du VG élevées dans 6,1% des cas, un taux nettement inférieur à celui retrouvé par Niakara et al chez le Noir africain hypertendu [17].
Nos données étaient superposables à celles de Simon A et al [7] en 2016 au Sénégal, qui ont trouvé une moyenne de 67,09 ± 12,47%.
Une dilatation de l’oreillette gauche était observée chez 32,3% de nos patients. Nos résultats étaient inférieurs à ceux de Simon A et al [7] en 2016 à Dakar. Ils avaient trouvé dans leur étude que la dilatation de l’oreillette gauche était notée dans 56,4% des cas.
Sur le plan clinico-thérapeutique, nos résultats traduisent un retentissement cardiovasculaire important de l’hypertension artérielle chez le sujet âgé, marqué par une forte prévalence de l’hypertrophie ventriculaire gauche (53,4% à l’échocardiographie et 60,2% à l’ECG), une prédominance de la forme concentrique et une fréquence élevée des troubles du rythme et de la conduction. Ce profil est associé à un haut risque cardiovasculaire, notamment d’insuffisance cardiaque, d’arythmies et d’évènements coronariens majeurs [21]. Dans ce contexte, la prise en charge doit reposer sur un contrôle tensionnel strict et précoce, visant à limiter le remodelage ventriculaire gauche et à prévenir les complications, en privilégiant les classes thérapeutiques capables d’induire une régression de l’HVG, notamment les inhibiteurs du système rénine–angiotensine–aldostérone [22].
Limites de l’étude
Cette étude présente plusieurs limites méthodologiques susceptibles d’influencer l’interprétation des résultats. Tout d’abord, un biais de recrutement est à considérer, dans la mesure où l’étude a été réalisée dans un centre unique et a inclus uniquement des patients ambulatoires. Cette sélection pourrait limiter la représentativité de la population générale des patients âgés hypertendus en Guinée, notamment ceux suivis en milieu rural ou hospitalisés pour des formes plus sévères.
Ensuite, la nature transversale de l’étude ne permet pas d’établir de relation de causalité entre l’hypertension artérielle et les anomalies cardiaques observées ni d’évaluer leur évolution dans le temps.
Enfin l’absence de suivi longitudinal limite ainsi l’analyse de l’impact des traitements anti- hypertenseurs sur la régression des anomalies, notamment l’hypertrophie ventriculaire gauche. À cela s’ajoute la variabilité inter-observateur dans l’interprétation des examens, ainsi que l’absence de groupe contrôle, qui restreignent la robustesse des comparaisons et la portée des conclusions.
CONCLUSION
Cette étude avait pour objectif d’évaluer la prévalence et les caractéristiques de l’hypertrophie ventriculaire gauche chez le sujet âgé hypertendu, ainsi qu’à comparer sa détection par électrocardiogramme et échocardiographie Doppler au CHU de Conakry.
Les résultats obtenus mettent en évidence une forte prévalence des anomalies cardiaques structurelles et électriques, dominée notamment par l’hypertrophie du ventricule gauche (HVG) et de l’oreillette gauche. L’électrocardiogramme s’est révélé plus sensible que l’échocardiographie dans la détection de l’HVG.
Sur le plan clinique ces données soulignent la nécessité d’un dépistage systématique et précoce des complications cardiaques chez les patients hypertendus âgés en Guinée, en intégrant davantage l’électrocardiogramme et l’échocardiographie dans les protocoles de suivi lorsque cela est possible.
Enfin, il apparait nécessaire de développer des recherches complémentaires portant sur le suivi à long terme des patients, l’efficacité des traitements antihypertenseurs sur les paramètres échocardiographiques, ainsi que l’identification de seuils prédictifs adaptés au contexte africain. Ces perspectives permettront d’optimiser la prise en charge et de réduire la morbi mortalité cardiovasculaire dans cette population.
Recommandation
Au vu de la forte prévalence des atteintes cardiaques observées chez le sujet âgé hypertendu, il est recommandé en pratique cardiologique à Conakry de systématiser le dépistage des complications de l’hypertension artérielle par la réalisation conjointe de l’ECG et l’échocardiographie Doppler, afin d’identifier précocement l’hypertrophie ventriculaire gauche, les troubles du rythme et la dysfonction diastolique. La prise en charge doit reposer sur un contrôle tensionnel strict et précoce, avec une préférence pour les inhibiteurs du système rénine–angiotensine–aldostérone en raison de leur effet bénéfique sur le remodelage ventriculaire gauche et la réduction du risque cardiovasculaire global. Une approche globale intégrant la prise en charge des facteurs de risque associés et l’éducation thérapeutique du patient est indispensable pour améliorer le pronostic cardiovasculaire de ces patients.
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REFERENCES |
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