Bilan des activités de l’unité des soins intensifs cardiologiques du CHU Kara : étude rétrospective du 01 Juillet 2021 au 30 Juin 2023.
Assessment of the Activities of the Cardiology Intensive Care Unit at CHU Kara: A Retrospective Study from July 1, 2021 to June 30, 2023.
BAKAI MA1, TCHEROU T1, DJALOGUE L2, MBAIDEDJIM S3, EYRAM MAKAFUI YOAN YAWO AMEKOUDI 4 , PIO M1.
RESUME
Objectifs : Etablir le bilan des activités de l’unité de soins intensifs cardiologiques du CHU Kara
Patients et méthode : Il s’agit d’une étude transversale, rétrospective, descriptive menée sur une période de 24 mois allant du 01 juillet 2021 au 30 juin 2023.
Etaient inclus dans notre étude tous les dossiers des patients hospitalisés à l’USIC pendant la période d’étude.
Résultats : La fréquence des admissions à l’USIC était de (37,44%). La moyenne d’âge était de 56 ans avec des extrêmes de 16 et de 96 ans avec une prédominance féminine (H/F 0,92).
Plus de 50% des patients provenaient de la préfecture de la Kozah. Les patients ayant consulté d’eux-mêmes représentaient 56,7% suivis des référés et transférés [43%]. L’HTA, les dyslipidémies et la sédentarité représentaient les facteurs de risque cardiovasculaires les plus retrouvés respectivement 44%; 28% et de 18%. La dyspnée [56%] était le premier motif de consultation .La majorité des patients de notre série avait une hypertension artérielle. L’électrocardiogramme était l’examen d’imagerie le plus réalisé avec un taux de réalisation de 94% suivi de l’échodoppler cardiaque 85% de la radiographie du thorax 25% et de l’échodoppler veineux des membres inférieurs 13%. Les urgences cardiovasculaires étaient représentées par les urgences myocardiques 29,05% suivis des urgences hypertensives 29% et des urgences vasculaires 16,76%. Les urgences péricardiques étaient de 1,68%. L’œdème aigue du poumon reste la première des urgences hypertensives 70,45 %.Les cardiopathies dilatées étaient prédominantes parmi les urgences myocardiques 55,77%. Sur le volet thérapeutique au total deux patients ont reçu un choc électrique externe. La thrombolyse avait été faite chez 17 patients. L’évolution intrahospitalière était favorable dans 82,1% des cas mais aussi émaillée de complications dans 7,3%. La mortalité était de 10,6%.
Conclusion : La prévalence des maladies cardiovasculaires avec son lourd fardeau de complications, est sans cesse croissante dans les pays en développement notamment au Togo. La mise en place des USIC, le renforcement des programmes de dépistage et de prévention seront essentiels pour faire face à ces pathologies.
MOTS CLES
USIC, Urgences cardiovasculaires, Kara (Togo).
SUMMARY
Objectives: To describe the activities of the cardiac intensive care unit (ICU) at CHU Kara.
Patients and Method: This was a retrospective, descriptive study conducted over a 24-month period from July 1, 2021, to June 30, 2023. All records of patients hospitalized in the ICU during the study period were included.
Results: The frequency of ICU admissions was 37.44%. The mean age was 56 years (range: 16 to 96 years), with a female predominance (male/female ratio: 0.92). Over 50% of patients were from the Kozah prefecture. Self-referred patients accounted for 56.7%, followed by referrals and transfers (43%). Hypertension (44%), dyslipidemia (28%), and sedentary lifestyle (18%) were the most common cardiovascular risk factors. Dyspnea (56%) was the main reason for consultation.
Electrocardiography (ECG) was the most frequently performed diagnostic test (94% completion rate), followed by cardiac echocardiography (85%), chest X-ray (25%), and lower limb venous Doppler ultrasound (13%).
Cardiovascular emergencies admitted were primarily myocardial emergencies (29,05) hypertensive emergencies (24,58%), followed, vascular emergencies (16,76%), and pericardial emergencies (1.68%). Acute pulmonary edema (70,45%) was the leading hypertensive emergency. Dilated cardiomyopathy predominated among myocardial emergencies (55,77%).
In terms of treatment, two patients received external electrical shock. Thrombolysis was performed in 17 patients. The in-hospital outcome was favorable in 82.1% of cases. Complications occurred in 7.3% of patients. Mortality was 10.6%.
Conclusion: The prevalence of cardiovascular disease, with its significant burden, is constantly increasing in developing countries, particularly Togo. The establishment of ICUs and the reinforcement of screening and prevention programs will be essential to tackle these pathologies.
KEY WORDS
ICU, Cardiovascular emergencies, Kara (Togo).
1. Service de cardiologie CHU Kara, Togo
2. Service de médecine interne CHU Kara, Togo
3. Service de cardiologie CHU renaissance Ndjamena, Tchad
4. Service de néphrologie CHU Kara, Togo
Adresse pour correspondance
BAKAI Abalo Mario
Service de cardiologie CHU Kara.
Mail : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
INTRODUCTION
Les maladies cardio-vasculaires (MCV) sont la principale cause de décès dans le monde et représentent environ 17,9 millions de décès chaque année [1].Les maladies cardio-vasculaires font autant de ravage sur le continent Africain, avec un million de morts par an plus que le Sida ou le paludisme ( les maladies infectieuses en générales) face auxquelles la plupart des programmes de santé publique sont dirigés [2]. En France chaque année, 180000 décès sont dus aux atteintes cardio-vasculaires, dont plus de la moitié sont liés aux urgences cardiovasculaires. Ces pathologies cardio-vasculaires se révèlent donc la plupart du temps par des complications qui se manifestent comme une urgence, 15 à 20% des appels d’urgences du service d’aide médicale (SAMU) concernaient les pathologies cardiovasculaires [3]. En Afrique noire en général, on estime que les urgences cardio-vasculaires constituent 5% de l’ensemble des urgences. Au Sénégal, elles représentent 46% des urgences médicales [4]. Cette prévalence a évoluée et avait été estimée à 19,4% en 2020 en service de cardiologie [5]
Pour répondre efficacement et promptement à ces urgences en milieu hospitalier, des unités de soins intensifs ont vu le jour. La première unité de ce genre est ouverte en 1962 à Kansas City dans le Kansas, aux USA[6].
C’est pour cette mission que l’unité de soins intensifs du service de cardiologie du CHU Kara a été mise en place en juillet 2021 et représente le centre de référence des régions de la Savanes, de la Kara et une partie de la Centrale.
Après 2 ans de fonctionnement de l’USIC CHU Kara, il est alors nécessaire de faire l’état des lieux pour une amélioration des soins prodigués à la population. C’est dans cette optique que nous avons initié ce travail dont l’objectif général était de faire le bilan des activités de l’unité de soins intensifs cardiologiques du CHU Kara et spécifiquement de déterminer la prévalence des urgences cardiovasculaires, de déterminer la nature des urgences cardiovasculaires au CHU Kara, de décrire la prise en charge des patients reçus en urgence dans ledit service et d’évaluer l’évolution hospitalière de ces patients.
MÉTHODOLOGIE
Il s’est agi d’une étude, rétrospective, descriptive menée du 1er juillet 2021 au 30 juin 2023 soit une durée de 24 mois, effectuée dans le service de cardiologie du Centre Hospitalier Universitaire de Kara (CHU Kara).
Tous les dossiers de patients pris en charge pour urgences cardio-vasculaires à l’USIC du CHU Kara, dans le service de cardiologie avaient été concernés par l’étude.
Ont été inclus dans notre étude tous les dossiers des patients hospitalisés à l’USIC pendant la période d’étude.
Nous n’avons pas inclus dans notre étude les dossiers des patients hospitalisés à l’USIC à cause d’un manque de places disponibles dans le service de cardiologie conventionnelle sans aucune indication d’urgence.
Les sources des données étaient :
- Les dossiers médicaux d’hospitalisations des patients
- Les registres d’hospitalisations du service de cardiologie et de l’USIC du CHU Kara
Les données ont été consignées sur une fiche de recueil de données.
Les questionnaires remplis ont été vérifiés pour leur complétude et leur cohérence avant la saisie. Les données ont été ensuite saisies à l’aide de l’application Kobocollect.
Variables étudiées :
- Les données sociodémographiques : le sexe, l’âge, la profession, le niveau socio-économique, le lieu de résidence et l’historique du parcours médical du patient ;
- Les facteurs de risque cardiovasculaire : HTA, diabète, tabac, dyslipidémie, obésité, sédentarité ;
- Les données cliniques et paracliniques : le délai d’admission, le mode et le motif d’admission, les antécédents, la pression artérielle à l’admission, le diagnostic retenu ;
- Les principaux examens paracliniques à visée diagnostique : le bilan biologique, l’ECG, la radiographie du thorax, l’écho-Doppler cardiaque, l’échographie Doppler des vaisseaux, la tomodensitométrie cérébrale et l’angioscanner thoracique ;
- Les données thérapeutiques et évolutives : le délai de prise en charge, la disponibilité des médicaments d’urgence, la durée d’hospitalisation et les différents types d’évolution (favorable, complications, décès).
Traitement et analyse des données
Nos données avait été analysées à l’aide du logiciel statistique R version 4.3.1. Les tableaux ont été réalisés à l’aide du logiciel Microsoft Word 2013 et Microsoft Excel 2013. Les paramètres qualitatifs ont été présentés sous forme d’effectif suivi du pourcentage. Les paramètres quantitatifs ont été présentés sous forme de moyenne ± écart type.
Considérations éthiques
La confidentialité des données était assurée par l’accès réservé aux dossiers et par le respect de l’anonymat.
Notre étude était exempte de l’approbation du comité éthique local, vu que c’était une étude rétrospective sur des données anonymisées.
RESULTATS
Données épidémiologiques
Notre étude a été menée sur une durée de 24 mois. Au cours de cette période, le service de cardiologie avait enregistré 4237 consultations, hospitalisé 478 patients dont 179 avaient été admis à l’USIC soit une fréquence hospitalière des urgences cardiovasculaires de 37,44%.
Les femmes représentaient 52% et les hommes 48 % avec un sexe ratio homme/ Femme de 0,92.La moyenne d’âge était de 56 ans avec des extrêmes de 16 et de 96 ans. Les patients de moins de 65ans représentaient 69,29%
Antécédents et facteurs de risque cardiovasculaires
L’hypertension artérielle, les dyslipidémies, et le diabète représentaient les facteurs de risque cardiovasculaires les plus présents dans les proportions de 44%, 15% et de 10% (Tableau 1).
Aspect diagnostique
Mode d’admission
Les patients ayant consulté d’eux-mêmes représentaient 56,4%, suivi des référés 33% et transférés 10,6%.
Délai d’admission
Les patients ayant consulté en moins de 24 heures représentaient 16%, entre 24H et semaine 34%, entre une semaine et 1 mois 19% et plus d’un mois 31%.
Motif de consultation
Les motifs de consultations étaient la dyspnée (56 %), des douleurs thoraciques (14%) et de la toux (7,82%) (Tableau 2).
Répartition selon les urgences cardiovasculaires
Selon la répartition des urgences cardiovasculaires, les urgences myocardiques représentaient 29,05% suivi des urgences hypertensives (24,58%) et des urgences vasculaires 16,76%. Les urgences péricardiques représentaient 1,68% (Figure 1).
Les urgences hypertensives
Parmi les urgences hypertensives, l’œdème aigu du poumon représentait 70,45% suivi de l’encéphalopathie hypertensive (18,18%). (Tableau 3).
Les urgences myocardiques
Les atteintes myocardiques responsables de décompensation aigue étaient dominées par les cardiopathies dilatées 55,77% (Tableau 4).
Les urgences rythmiques
La fibrillation atriale constituait l’urgence rythmique la plus retrouvée (53%) avec une présentation clinique de choc hémodynamique.
Le bloc atrioventriculaire complet se présentant cliniquement par des syncopes à l’emporte-pièce (Tableau 5).
Les urgences valvulaires
Les urgences valvulaires responsables de décompensation aigue se répartissaient en égale partie entre les atteintes aortiques, et mitrales
Urgences péricardiques
Trois (3) tamponnades cardiaques sur péricardite liquidienne de grande abondance avaient été diagnostiquées.
Urgences coronariennes
Le diagnostic du syndrome coronarien aigu (SCA) avait été posé chez 21 patients dont 16 infarctus du myocarde (76,20%) et 5 angors instables (23,80%).
Traitement
Sur le volet thérapeutique au total deux patients ont reçu un choc électrique externe un (1) pour la réduction d’une fibrillation atriale (FA) mal tolérée et un (1) autre pour la réduction d’une tachycardie ventriculaire (TV) mal tolérée
La thrombolyse avait été faite chez 15 patients pour embolie pulmonaire sévère et deux(2) pour infarctus du myocarde.
Une angioplastie secondaire avait été réalisée pour un patient à Lomé pour un SCA.
Une plastie mitrale effectuée chez une patiente en Tunisie pour IM sévère.
Une recanalisation artérielle par cathéter de Fogarty a été réalisée pour une ischémie aigue de membre inferieur.
Deux patients en tamponnade, ont bénéficié d’une ponction péricardique.
Les médicaments utilisés
Les médicaments les plus utilisés étaient les diurétiques dans 40,22%, les anticoagulants (Héparine de bas poids moléculaire 39,66%, Héparine non fractionné 20,11%) et des bloqueurs du système rénine angiotensine (Inhibiteur de l’enzyme de conversion 34,64% ; Antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II 2,79%)
Evolution intrahospitalière
L’évolution intrahospitalière était favorable dans 82,1% des cas mais aussi émaillée de complications dans 7,3%.
La mortalité était de 10,6%.
Mode de sortie
En rapport avec le mode de sortie, 84,8 % des patients avaient une sortie normale suivie de 7,9% qui avaient signé une décharge, et 5,5% qui avaient été transférés dans un autre centre avec un plateau technique fourni et 1,8% des patients qui se sont évadés.
Cause des décès
L’embolie pulmonaire grave représentait 42,1% des décès, (Tableau 6). Parmi les décès liés à l’embolie pulmonaire 6 étaient dus à un retard d’admission et 1 par non disponibilité du thrombolytique et 1 par échec de la thrombolyse.
Synthèse des Indicateurs de Productivité
Avec une durée totale d’hospitalisation de 966 jours, la durée moyenne de séjour était à 5,42 jours avec des extrêmes de 0 à 28 jours (Tableau 7).
DISCUSSION
Aspect épidémiologique
La fréquence hospitalière des urgences cardiovasculaires en 24 mois étaient de 37,44%, avec un âge moyen de 56 ans et une prédominance féminine.
Nous avons dans notre série une fréquence plus élevée que celle décrite par Sory et al. à Conakry en 2017 qui avait trouvé 27,9% [7], et Simwetare en 2020 qui avait trouvé 19,4% [5]. Cette fréquence élevée est liée au faible taux de présence des services de cardiologie dans la région septentrionale, ainsi la plupart des urgences sont référées au CHU Kara. L’âge moyen dans notre série était de 56 ans. Cet âge moyen est similaire aux 56,9ans retrouvés par Damorou et al. entre 2001 et 2004 [8] et aux 55,1 ans retrouvés par le même auteur en 2010 à Lomé [9]. Cet âge est aussi superposable à ceux retrouvés par Diop et al.au CHU Gabriel Touré, ainsi que Diall et al au CHU point G au mali., qui étaient respectivement de 55,5ans et 57,42 ans [10,11]. Cet âge moyen est néanmoins supérieur à celui retrouvé par Kane et al.au Sénégal en 2002, qui était de 48ans [12]. La prédominance féminine avait été retrouvée (H/F=0,92).Ces résultats sont superposables à ceux trouvés dans d’autres villes d’Afrique tel qu’à Bamako (F/H à 1,3) [13] et à Dakar (H/F à 0,76) [14] ce qui est concordant avec la prédominance féminine dans les maladies cardiovasculaires de façon générale mais aussi par le fait que les femmes sont plus nombreuses que les hommes selon les chiffres du dernier recensement général de la population Togolaise de 2022 [15].
La majorité des patients de notre série provenait de la préfecture de la Kozah situé dans la région de la Kara du Togo, ceci s’explique par le fait que car le CHU Kara est situé dans la préfecture de la Kozah, donc offrant une meilleure accessibilité aux habitants qui y résident.
Selon les périodes d’hospitalisations les mois de faibles fréquentations étaient compris entre décembre-janvier et juillet cela s’explique par le fait que ce sont des moments de festivités dans la région de la Kara (fête traditionnelle Evala) et que la population prioriserait les moyens financiers pour ces moments.
Au chapitre des antécédents, l’HTA demeure le facteur de risque le plus présent 44,13%, ce taux vient confirmer la place qu’occupe l’HTA comme promoteur des pathologies cardiovasculaires. Elle doit être alors, la cible privilégiée des actions de santé publiques enfin de pouvoir diminuer l’incidence des pathologies cardiovasculaires.
Aspects diagnostiques
La dyspnée était le motif de consultation le plus présent dans 56% des cas, ceci corrobore avec la plupart des études. Environ 30% des patients admis à l’USIC présentaient une désaturation, cette fréquence est inférieur à celle retrouvée par Rasamimanana et al au Madagascar qui avait trouvé 40% [16]. Ceci s’explique par le fait que dans son étude, il avait inclus tous les patients admis aux urgences surtout les patients de pneumologie qui présentaient des détresses respiratoires aigües.
Les urgences myocardiques et Hypertensives dans les proportions de 29,05% et 24,58% étaient les premières causes d’admissions à l’USIC. Cela ne fait que réaffirmer le poids de l’hypertension sans cesse grandissant dans la population générale et surtout noire africaine et précisément au Togo ou le tiers de la population serait hypertendu [17]. La fréquence élevée des urgences myocardiques et qui est aussi comparable à la fréquence des urgences hypertensives, est justifiée par le fait que l’HTA fait le lit de ces affections myocardiques. Parmi les urgences hypertensives, l’OAP reste la première présentation clinique [70,45%].
Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ont été diagnostiqués chez 4 patients soit 7,41% des urgences hypertensives. Ces résultats sont de loin inférieurs à ceux de Damorou et al. qui avait trouvé une prévalence hospitalière des AVC de 78,3% [8], même constat par rapport aux 44,5% d’AVC retrouvés par Gombet et al. à Brazzaville en 2007 [18]. Cette différence dans les résultats peut s’expliquer par le fait que les études menées au CHU Campus de Lomé et à Brazzaville avaient porté sur tous les services de médecine susceptibles d’accueillir des urgences cardiovasculaires, parmi lesquels le service de neurologie, d’où la plus grande proportion d’AVC. Cette faible proportion dans notre étude est probablement liée au fait que les AVC sont préférentiellement orientés vers le service de neurologie et de la réanimation médicale, et surtout que les AVC Hémorragiques ne sont pas gardés à l’USIC.
Les urgences vasculaires [16,76%] notamment l’embolie pulmonaire était la troisième urgence cardiologique majeure recensée dans notre étude. Un cas d’ischémie aigue du membre inférieur soit 0,55% avait été recensé.
Nos proportions, sont supérieures à celles retrouvées à Kinshasa en 2015 où l’EP occupait le troisième rang des UCV avec 11,3% des cas [19] et de Bamako en 2015 où elle occupait le huitième rang avec 0,9% dans la série de Diop [20]. Cette prévalence aussi pourrait s’expliquer par l’avènement de la Covid 19 qui a entrainé un regain d’intérêt pour les maladies thromboemboliques d’où elles sont plus traquées.
Les urgences coronaires occupaient la quatrième place dans notre série dans une
proportion de 6%. A Bamako, Diango et al. avaient trouvé 10,8% [13] alors qu’à
Kinshasa, Mboliasa et al. avaient trouvé un taux de 2,4% des UCV, Diall 5,1% et Gombet et al. à Brazzaville 3,4% [11,18,23], à Lomé elle représentait 10,2% en 2020. Ce taux faible à Kara est expliqué par le fait que l’USIC Kara est une jeune unité et aussi un déficit d’information de la population sur les urgences cardiovasculaires d’une part et d’autre part les patients venaient au stade de complications de cardiopathie ischémique constituée.
Les urgences rythmiques étaient au cinquième rang des urgences cardiovasculaires, soit 8%. La fibrillation atriale en tète représentait 53% des troubles du rythmes. La présentation clinique de celle-ci était un état de choc donc d’un trouble de rythme mal toléré hémodynamiquement. Ces chiffres sont inférieurs à ceux retrouvés en 2020 à l’USIC du CHU SO de Lomé Togo, où les urgences rythmiques occupaient le premier rang des UCV, retrouvées alors chez 33,1% des patients [21] ; Bertrand quant à lui, a trouvé des résultats inférieurs aux nôtres, soit 15,3% d’urgences rythmiques dans sa série [22].Cette différence est expliquée par le fait que nous avons tenu compte dans notre étude que des TDR instable qui étaient au-devant de la scène et qui ont motivé l’hospitalisation à l’USIC et non tous les TDR diagnostiqués comme complications de cardiopathies découvertes en cours d’hospitalisation.
Les urgences valvulaires 3.9% des cas, dominées par les valvulopathies mitrales et aortiques, qui ont très évoluées dans le temps donc arrivant au stade chirurgical voir même dépassées. Ce taux est inférieur à celui retrouvé à Lomé 8,3% et en côte d’ivoire 11% [5,24]. Le faible taux résulte de notre faible taille d’échantillon.
Les urgences péricardiques occupent la dernière place dans notre échantillon avec
03 cas de tamponnade soit 1,67% de l’échantillon général. Ce taux est relativement superposable à celui de Kinshasa 1,6% [19]et celui de Bamako 2,4% [20].
Aspect thérapeutique et évolutif
Le taux de mortalité 10,61% était bas par rapport à Dakar avec 50% de décès [14], à Kinshasa avec 38,3% [19] et à Bamako 21,3%.
La majorité des produits d’urgences étaient disponibles dans le chariot d’urgence. Ce paramètre de disponibilité a été salutaire pouvant expliquer peut-être le taux bas de mortalité. Il faut par ailleurs, relever la rupture dans l’acquisition de la streptokinase utilisé dans la prise en charge des embolies pulmonaires sévères, cette rupture ayant occasionné la hausse du taux des décès. Il faut noter aussi qu’aucune pharmacie du Togo ne dispose de la streptokinase.
Un patient de notre série a bénéficié d’une angioplastie secondaire. Ce taux bas d’angioplastie est regrettable car dans la prise en charge d’un patient coronarien, la coronarographie occupe une place de choix permettant de faire le diagnostic lésionnel précis et proposer une prise en charge adéquate. L’absence d’une salle de coronarographie, de stimulation, de la chirurgie cardiovasculaire, le niveau de vie de la population (plus de 75% de nos patients travaillaient dans l’informel ou étaient des femmes au foyer) expliqueraient en partie les difficultés financières pour la prise en charge thérapeutique optimale des patients. Le faible taux de thrombolyse des syndromes coronariens est dû au retard de consultation, la majorité des patients étaient admis en hors délai de thrombolyse. IL ne faut pas aussi oublier que l’absence d’une sécurité sociale ou d’une assurance maladie pour tous, mal gangrenant notre société, est aussi un frein énorme pour la prise en charge en urgence des patients. Cette situation explique le taux élevé (7,9%) de décharge par manque de moyens financiers.
La durée moyenne d’hospitalisation était de 5,42 jours inferieurs à
celle de Lomé qui était de 7,4 jours [25] et à celle trouvée à Bamako ou la durée moyenne de séjour était de 10,5 jours [13]. Les patients dans notre étude avaient un délai de séjour plus long à l’USIC 5,42 jours comparé aux résultats de Kane à Dakar qui avait trouvé un délai moyen d’hospitalisation de 3 jours [14].
CONCLUSION
Etude rétrospective et descriptive permettant de faire le bilan des activités et l’état des lieux de l’unité de soins intensifs cardiologiques, il en ressort de ce bilan que la majorité des patients admis à l’USIC étaient jeune 56 ans en moyenne avec une prédominance féminine.
Les urgences cardiovasculaires retrouvées étaient dans l’ordre décroissant de fréquence, les urgences myocardiques, hypertensives, vasculaires, rythmiques, coronariennes, valvulaires et péricardiques. L’installation d’un bloc de chirurgie cardio vasculaire de salle de stimulation et la mise en place de SAMU et SMUR aurait amélioré la prise en charge des patients.
Pour autant il s‘avère nécessaire de faire une étude à l’échelle nationale pour pouvoir estimer l’impact réel des maladies cardiovasculaires en général et les urgences cardiovasculaires de façon spécifiques. Ces connaissances seront utiles, pour l’amélioration ou l’établissement des programmes de santés publiques plus adéquates aux besoins du personnel soignant et de la population en matière de lutte contre les maladies cardiovasculaires.
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