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Syndrome métabolique en milieu professionnel au cours de la visite annuelle systématique d’une entreprise privée à Bamako.

 

Metabolic syndrome in a private company in Bamako during the annual medical examination.

 

T KARAMBA1, C ALHOUSSENY2, , C YOUSSOUF3, BH OUMAR4, S IBRAHIMA4, T SALIF4, S LAMINE5, C MAMADOU6, M ICHIAKA4.

 

 

RESUME

 

Objectif : Déterminer la prévalence du syndrome métabolique (SMet) dans une entreprise privée à l’issue de la visite médicale périodique annuelle et d’étudier les critères constitutifs le définissant.

Méthode : Il s’agissait d’une étude transversale, descriptive allant de décembre 2017 à janvier 2018 portant sur tous les travailleurs ayant accepté de participer à la visite médicale périodique annuelle. Le syndrome métabolique a été apprécié selon les critères de l’International Diabetes Federation (IDF) et du NCEP-ATPIII.

Résultat : Notre étude a concerné 439 hommes (75,4%) et 143 femmes (24,6%), soit un sex-ratio H/F de 3. Selon les critères de l’IDF, La prévalence du SMet était notée chez 27,7% des participants avec une prédominance féminine soit 30,8% en comparaison avec l’ensemble des employés. Les éléments constitutifs du SMet les plus retrouvés étaient dominés par la pression artérielle élevée (94%) chez les hommes et l’obésité abdominale (100%) chez les femmes. Soixante-treize pourcent (73,4%) des participants étaient sédentaires.

Conclusion : Cette étude a révélé que la prévalence du SMet et des facteurs de risque cardiovasculaires constitutifs était élevée chez les participants. Ces données devraient inciter les entreprises à effectuer des visites périodiques annuelles afin de dépister systématiquement les facteurs de risque cardiovasculaires pour leur prise en charge  précoce.

 

 

MOTS CLES

 

Syndrome métabolique ; milieu professionnel ; Bamako.   

 

 

 

SUMMARY

 

 

Objective: To determine the prevalence of metabolic syndrome (SMet) in a private company after the annual medical examination and to study the constitutive criteria defining it. Method: This was a cross-sectional, descriptive study from December 2017 to January 2018 covering all workers who agreed to participate in the examination. The metabolic syndrome was assessed according to the criteria of the International Diabetes Federation (IDF).

Result: Our study involved 439 men (75.4%) and 143 women (24.6%) with a sex-ratio H/F of 3. According to the IDF criteria, the prevalence of SMet was noted in 27.7% of the participants with a female predominance (30.8%) compared with all employees. The most common components of MS were high blood pressure (94%) in men and abdominal obesity (100%) in women. Seventy-three percent (73.4%) of the participants were sedentary.

Conclusion: This study found that the prevalence of SMet and constitutive cardiovascular risk factors (including abdominal obesity, hypertension) was extremely high in participants. These data should encourage companies to conduct annual periodic visits to systematically assess cardiovascular risks factors in order to manage it at an early stage.

 

 

KEY WORDS

Metabolic syndrome; professional environment; Bamako.

 

                                                                                                                       

1.Cabinet médical Liberté 

2. Hôpital de Gao

3 CHU de Kati 

4 CHU Gabriel Touré 

5 Hôpital de Régional de Mopti 

6 Centre de Santé de Référence de la Commune II.

 

Adresse pour correspondance :

Dr TOURE Karamba,

Service de cardiologie, Cabinet médical liberté, MALI,

Tel : 223 76299729

Email : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.   

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

Le syndrome métabolique (SMet) est de plus en plus considéré comme un problème de santé publique. Sa prévalence au cours des dernières décennies a fortement augmenté, liée à l'obésité, en particulier l'obésité abdominale (OA) et les modifications du style de vie liées à l'industrialisation [1].

Fréquent dans les pays occidentaux, mais également dans les pays à plus faible industrialisation, ce syndrome inquiète par l’impact sur la santé publique dû à l’augmentation du risque cardiovasculaire ou de diabète de type 2 qui lui sont associés [2]. Le SMet est défini comme un ensemble de perturbations clinico-métaboliques qui prédisposent fortement au développement et à la progression de l'athérosclérose [3, 4]. C’est une entité faite de l’association de plusieurs facteurs de risque cardiovasculaires [5].

Selon la définition de l’International Diabète Fédération (IDF) en 2005 [1], le SM se caractérise par l'association de 3 des 5 critères suivants :

-        Obésité abdominale : tour de taille ≥ 94 cm chez l'homme, ≥ 80 cm chez la femme ;    

-        Hypertriglycéridémie ≥ 1,5 g/L ;                                                                                                               

-        Taux bas de HDL-cholestérol (< 0,4 g/L chez l'homme et < 0,5 g/L chez la femme) ;                                                                                

-        Pression artérielle ≥ 130 et/ou 85 mmHg ;                                                                                                                                                   

-        Glycémie à jeun ≥ 1,0 g/L (5,6 mmol/L) [1].

Cette nouvelle définition proposée récemment a été inspirée de celle du National Cholesterol Educational Program Adult Treatment Panel III (NCEP-ATP III), mais s'en distingue par quelques particularités dont la plus importante concerne précisément la circonférence de la taille [1], qui semble être l’anomalie centrale, augmentant ainsi la graisse péri-viscérale. Cette dernière induit une accumulation des acides gras libres vers le foie, ainsi qu’une insulinorésistance [6]. Cependant, l’association de ces marqueurs de risque augmente la probabilité qu’une personne soit atteinte d’une maladie chronique tel que : les maladies cardiovasculaires (MCV), le diabète de type 2 [7, 8], le cancer et les néphropathies chroniques [9]. Les principaux facteurs prédisposant à la survenue de cette pathologie restent l’obésité et la sédentarité 10]. Au Mali peu d’études ont concerné cette couche particulière que sont les travailleurs des entreprises privées, exposés à la sédentarité et au stress professionnel d’où la présente étude en ayant comme objectif :

Déterminer la prévalence du SMet dans une entreprise privée à l’issue de la visite médicale périodique.                                                                                                                           

Étudier les critères constitutifs définissant le syndrome métabolique.

 

 

 

METHODOLOGIE

 

 

Il s’agissait d’une étude transversale descriptive allant de décembre 2017 à janvier 2018 portant sur tous les travailleurs de ladite entreprise qui intervient dans la télécommunication à Bamako et dans les régions. C’est une entreprise qui est implantée au Mali depuis plus de deux décennies, intervenant dans le secteur privé, à ce titre il organise chaque année une visite médicale, annuelle de l’ensemble de ses travailleurs. Mais pour des raisons de préservation d’anonymat, l’entreprise n’a pas souhaité divulguer d’autres détails. Les visites médicales périodiques étaient assurées par une structure privée médicale, après un appel d’offre chaque année s’il y’a lieu.

Ont été inclus dans notre étude, les travailleurs ayant participé aux visites médicales périodiques et accepté de participer à cette étude. Ainsi chaque travailleur participant à l’étude a répondu un questionnaire, qui était renseigné sur les antécédents personnels, antécédents familiaux, les facteurs de risque cardio-vasculaire et les habitudes de vie (la consommation de tabac, d’alcool, d’excitants, la pratique d’activité physique). Ensuite un examen clinique était effectué par les médecins en charge de la visite. Un prélèvement biologique a été effectué et acheminé dans un laboratoire agréé de la place.

Les matériels utilisés : appareil à tensiomètre électronique validé, de marque Omron (M6 confort), homologuée ; mètre ruban pour le tour de taille ; toise pour la taille ; pèse personne de portée de 150 kg.

L’anthropométrie conventionnelle a concerné : le poids, la taille pour la détermination de l’indice de masse corporelle (IMC), le tour de taille a été mesuré sur le patient debout à mi-distance entre l’épine iliaque antéro-supérieure et le dernier rebord costal sur la ligne médioaxillaire.

Les conditions de prise de la pression artérielle humérale : les mesures de la tension artérielle ont été effectuées aux deux bras avec un brassard adapté à la circonférence du bras, en position assise, au repos durant au moins 5 à 10 minutes et la moyenne des deux valeurs a été retenue. Le bilan sanguin a concerné, le dosage du cholestérol HDL (high density lipoproteins), des triglycérides, de la glycémie.

Les variables utilisées :

-        IMC ≥ 30kg/m² selon la formule correspondant au poids divisé par la taille au carré (en kg/m²).

Les critères retenus dans les deux définitions selon l’IDF (2005) et le NCEP ATP III (2001) dans le tableau le récapitulatif des critères utilisés (Tableau 1) :

-        La confidentialité des données a été respectée tout au long de l’étude. Les données des travailleurs ont été collectées sur des fiches d’enquête puis insérées et analysées par SPSS 25.

Les variables qualitatives ont été décrites en utilisant les pourcentages. Toute valeur p < 0,05 est considérée comme significative.

 

 

RESULTATS

 

 

L’étude a concerné 439 hommes (75,4%) et 143 femmes (24,6%), soit un sex-ratio H/F = 3.

La moyenne d’âge était de 36,60 ± 6 ans avec des extrêmes de 22 et 59 ans chez les hommes et 36,51 ± 7 ans avec des extrêmes 24 et 56 ans chez les femmes (tableau 2). Les principaux facteurs de risque cardiovasculaire retrouvés étaient l’HTA et le diabète dans des proportions respectives de 8,4%, et 3,3%.Selon le mode de vie de notre population, 73,4% étaient sédentaires avec une prévalence plus élevée en faveur des femmes (86,2% de femmes vs 69,0% d’hommes ; p=0,011). Parmi les travailleurs souffrant de SMet, 77,6% étaient sédentaires (tableau 2). Le tabagisme actif était retrouvé dans 8,2% des cas avec une consommation moyenne de 7 paquets/année. Parmi lesquels, 45% souffraient du SMet.Près de 2,4% (14 agents) de nos agents consommaient de l’alcool de façon active, une consommation estimée à 5 verres en moyenne, 55% de nos consommateurs présentaient un SMet. Selon les critères de l’IDF, Le SMet était noté chez 161 personnes (27,7%) dont 117 hommes (26,7%) et 44 femmes (30,8%), en comparaison avec l’ensemble des travailleurs avec une différence significative (p=0,011) traduisant une prédominance féminine (Figure 1). Comparativement aux critères du NCEP-ATP III, le SMet était retrouvé chez 100 personnes (17,1%) avec une prédominance féminine, soit 70 hommes (15,9%) pour 30 femmes (21%) avec une différence significative (p=0,000) (Figure 1).  

Selon les critères IDF la prévalence des éléments constitutifs du SM par ordre décroissant était la pression artérielle élevée (94%), l’obésité abdominale (87,2%) chez les hommes (Figure 2). A contrario chez les femmes, la totalité souffrait de l’obésité abdominale (100%), suivie de la pression artérielle élevée (88,6%). Une baisse du HDL cholestérol était enregistré en troisième position avec respectivement 86,40% chez les femmes et 83,8% chez les hommes (p=0,02) (Figure 2). L’élévation de la glycémie était impliquée seulement dans 38,6% des cas chez les femmes contre 35% chez les hommes, l’hypertriglycéridémie était présente chez 13,6% des femmes contre 40,2% des hommes.

Selon le NCEP-ATP III, l'élévation de la pression artérielle (97,1%) suivie d’une baisse du HDL cholestérol DL (87,1%) étaient observée chez les hommes (Figure 2). Chez les femmes, la totalité présentait une obésité abdominale (100%) et une pression artérielle élevée (100%) avec une différence significative (p=0,000) (Figure 2).

Les trois critères plus représentatifs selon l’IDF étaient l’association HTA, obésité abdominale et une baisse du HDL cholestérol avec 41,6% (36,8% des hommes contre 54,5% des femmes) avec une différence significative (p=0,032) (Figure 3). Seuls 6,8% souffraient des cinq critères du SMet.

Au cours de notre étude, nous avons constaté une augmentation de la prévalence du SMet avec l’âge, quelle qu’en soit la définition utilisée. La tranche d’âge 51-60ans était la plus concernée avec respectivement 61,1% selon l’IDF, et 27,8% suivant le NCEP-ATP III (Figure 4).

 

Obésité générale (IMC ≥ 30kg/m2) a été retrouvée chez 17,9% des participants avec une prédominance féminine (28,7% femmes vs 14,4% hommes ; p=0,000). Rapporté à la prévalence du SMet selon l’IDF, nous avons noté que 35,4% souffrait de l’obésité générale (IMC ≥30kg/m2) avec une prédominance féminine (45,5% femmes contre 31,6% hommes ; p=0,001) (tableau 2).

 

 

DISCUSSION

 

Les définitions de l’IDF et du NCEP-ATP III ont été choisies à cause de leur simplicité et leur pragmatisme, en visant le risque cardiovasculaire, prenant doublement en compte les anomalies lipidiques (triglycérides et HDLc) et utilisant un seuil tensionnel plus bas.

Au terme de cette étude menée chez les travailleurs d’une entreprise privée, le SMet était noté chez 27,7% et 17,1% des travailleurs respectivement selon l’IDF et le NCEP-ATP III. La différence statistique entre ces deux définitions était significative (p<0,0001). Au Mali, peu d’étude ont été menée dans ce secteur, Bâ et al apportent une prévalence à 74% au cours d’une observation hospitalière au CHU ˵Mère-Enfant˶ le Luxembourg avec une moyenne plus avancée que la nôtre [11]. Nos proportions étaient supérieures à ceux rapportées par Raimi T-H au Nigéria [12] avec respectivement 4,9% et 3,9% selon l’IDF et le NCEP-ATP III et Any-Grah à Abidjan [13] qui observait une prévalence de 8,94% selon l’IDF. Des prévalences comparables ont été rapportées par Ouédrago au Burkina-Faso (18,3% selon l’IDF) [2], Hinson A-V au Togo (26,5% selon l’IDF) [14].   Salaroli LB au Brésil a enregistré une prévalence de 22,6% et 17,2% respectivement selon les critères de l’IDF et le NCEP-ATP III [15]. Enfin en Thaïlande, Lohsoomthom V a noté une fréquence de 15,2% des employés de bureau d’après les critères du NCEP-ATP III [16]. Ces discordances pourraient s’expliquer d’une part par la différence d’âge et de sexe entre les populations d’étude mais aussi la taille des échantillons [1, 4, 8]. Et d’autre part, lié à la forte prévalence de l’obésité abdominale retrouvée dans notre série, qui semble joué un rôle majeur dans le développement du SMet [4, 17].

L’Influence du genre sur le développement du SMet était en faveur d’une prédominance féminine dans les deux critères utilisés (IDF et NCEP-ATPIII) avec une différence significative. Cette observation était similaire à celles rapportées par Ouédrago [2], Yessoufou [4], Rao [9], Raimi [12],Salaroli [14], Laraqui [17], Bâ [11] et Kurger [19]. Ces résultats sont différents de ceux apportés par certains auteurs, qui observent une prédominance masculine Any-Grah [12] et Lohsoomthom [15]. Cette différence pourrait s’expliquer à l’augmentation de la proportion de femmes ayant un tour de taille élevé [8].

Cette tendance révèle des inégalités et des différences importantes entre les hommes et les femmes liées surtout à des différences en termes de physiopathologie, de distribution de tissus adipeux abdominaux et hormonales ont été suggérées pour expliquer ces écarts. 

La prévalence élevée du SMet chez les femmes serait entre autres hypothèses associées aux perturbations hormonales survenant pendant la période pré ménopausique [2] et la distribution de tissus adipeux abdominaux [20]. Dans la littérature, sur trois études en France à savoir l’étude D.E.S.I.R, MONICA et IPC Ile-de-France, une prédominance masculine a été retrouvée selon Eschwège [7]. Parmi les composants définissant le SMet selon l’IDF, dans notre série, l’élévation de la tension artérielle suivie de l’obésité abdominale et le HDL bas étaient les plus retrouvés chez l’homme avec respectivement 94,0%, 87,2% et 83,8%. Une tendance différente avec des proportions un peu plus basses était retrouvée par Ouédrago au Burkina Faso avec 84,1%, 69,8% et 42,9 respectivement en faveur de l’hypertension artérielle et de l’HDL bas et hypertriglycéridémie dans les sexes [2]. Kruger M J en Afrique du Sud [19] apporte chez les hommes, une prédominance de l’élévation de la pression artérielle avec 63,4%, secondée par Hypertriglycéridémie avec 53,7% et le HDL bas soit 39%. Par contre chez les femmes, l’obésité abdominale suivie de l’élévation de la tension artérielle et de HDL bas soit successivement 100%, 88,6% et 86,4%. Ces résultats sont supérieurs à ceux rapportés par Kruger M J en Afrique du Sud [19], qui trouvait l’élévation de la pression artérielle (65,5%), suivie de l’obésité abdominale (63,3%) et HDL bas (61,2%). Ces discordances pourraient s’expliquer par la prédominance féminine rencontrée à l’instar de cette dernière étude.

En appliquant les critères NCEP ATP III (2001), nous avons observé chez les hommes, une plus grande distribution de l’élévation de la pression artérielle sein de notre population (100%), accompagnée de HDL bas (87,1%) et de l’obésité abdominale (64,30%). Par contre chez les femmes c’était surtout la pression artérielle et l’obésité abdominale avec 100% suivies de l’HDL bas soit 86,7%. En Bangkok, Lohsoonthorn et al [15] rapportaient l’élévation de la pression artérielle (45,0%) comme l’élément le plus courant suivie de l’obésité centrale (40,7%) et l’hypertriglycéridémie (38,7%) chez les hommes. En l’occurrence chez les femmes, ils retrouvaient les deux premiers éléments sus-cités chez les hommes mais avec des prévalences plus bas soit respectivement 22,8% et 20,9% complétés par HDL bas soit 18,4%. Ces différences s’expliqueraient par une prédominance féminine chez ces derniers, une taille de leur population qui vaut le double de la nôtre, mais également ont utilisé un IMC >25 kg/m2 dans les critères de NCEP ATP III. Certes, les causes n’ont pas été entièrement élucidées, mais des facteurs liés au mode de vie, comme les habitudes alimentaires et le manque d'activité physique sont largement incriminés. Nous avons trouvé un taux de sédentarité très élevé chez nos travailleurs de l’ordre de 73,4%, avec une prédominance féminine. Quelle qu’en soit la population concernée, l’HTA reste la composante la plus fréquente du SM avec la définition de la NCEP ATP III [21].

Sur les 161 employés ayant le SMet, 38 femmes (86,4%) et 87 hommes (74,4%) ne pratiquaient aucune activité physique, comportement qui concoure à l’augmentation du risque cardio-vasculaire [22]. Ouédrago [2] avec trouvé des proportions similaires avec 74,7% de sédentaires.

Les trois critères plus représentatifs selon l’IDF étaient l’association HTA, obésité abdominale et baisse du HDL cholestérol avec 41,6% (54, 5% chez les femmes contre 36,8% chez les hommes). Ces observations sont différentes de celles rapportées par BA [18], qui a rapporté une association faite de l’obésité abdominale, HTA et l’hyperglycémie à 51,35%. Cela pourrait être lié à l’âge relativement jeune de notre population d’étude que chez Bâ et al [18].   

La prévalence du SMet augmente avec l’âge dans les deux sexes. En effet la tranche d’âge 51-60 ans était la plus incriminée quelle que soit la définition utilisée avec 61,10% et 27,8% respectivement selon les critères de l’IDF et du NCEP-ATP III. Ce constat est partagé par de nombreux auteurs entre-autres Ouédrago [2], Kacem [23], Laraqui [17], N’Guetta [24] et  Danho J [25]. Cette constatation pourrait être expliquée par le fait que l’âge avancé est souvent associé à une insulino résistance, une altération de certaines hormones et à une augmentation du tissu adipeux abdominal [17, 19]. Cette hypothèse est réconfortée par l’étude D.E.S.I.R qui révèle une augmentation de la prévalence du syndrome métabolique avec l’âge [4].

Le SMet était corrélé significativement à la présence d’une obésité globale (IMC ≥ 30kg/m2), dans notre échantillon selon IDF avec 35,4% avec une prédominance féminine (45,5% de femmes contre 31,6% hommes ; p=0,001) contre 11,2% des travailleurs sans SM avec une différence significative (p=0,001). Ces observations sont légèrement en deçà de celles de Laraqui [17] et de N’Guetta [22], qui ont rapporté une prévalence de l’obésité chez les personnes avec le SMet avec respectivement 43,6% contre 12,3% sans SMet et 40,6% contre 14% sans SMet. Ces constats pourraient être liés à la différence d’âge entre nos populations d’étude, car la nôtre est relativement jeune comparativement à celles apportées par ces auteurs. Les risques d’obésité, d’insulino-résistance et d’HTA, contribuent tous au développement du SM, augmentent également avec l’âge [20]

La prévalence du tabagisme actif était de 8,2%, parmi lesquels, plus de la moitié souffrait du SMet, soit environ 5,2%, pas loin de celui de Ouédrago [2] qui apporte 9,6% et inférieur à celui de Laraqui [17] qui trouva une prévalence de 26,5% chez les travailleurs souffrant de SMet. Cette différence pourrait s’expliquer par la prise en compte uniquement du tabagisme actif dans notre étude. Dans la littérature, le tabagisme actif et passif augmentent de façon dose-dépendante le risque de développer un SMet [8, 17, 20]. Selon les données du NHANES III (National Health and Nutrition Examination Survey), les cas de SMet augmentent chez les femmes américaines fumeuses et les hommes fumeurs en comparaison avec les non-fumeurs [20]. 2,4% (14 agents) de nos agents étaient consommateurs actifs de l’alcool, une consommation estimée à 5 verres en moyenne, 55% de nos consommateurs présentaient un SMet. Mais cette association n’est pas significative. Nos observations sont largement inférieures à celles apportées par Kacem I et al chez les travailleurs non postés (11,8 % contre 10,2 %).Cette différence pourrait s’expliquer par l’hétérogénéité entre les deux populations études d’une part, et d’autre part d’ordre socio-culturel. Dans notre contré, la consommation d’alcool reste un tabou et est sous-estimée. Il est bien établi  que  la  consommation excessive de boissons alcoolisées est délétère, favorisant un gain de poids, mais également une augmentation de la pression artérielle. Par contre une consommation modérée d’alcool améliore l’insulinosensibilité et est associée à une diminution du risque de diabète selon la société française de cardiologie(SFC) [26].

 

 

CONCLUSION

 

 

Cette étude a objectivé une prévalence élevée du SMet et des facteurs de risque cardiovasculaire constitutifs, notamment l’obésité abdominale, l’HTA. L’application des mesures incitant les entreprises à organiser des visites annuelles s’avère nécessaire pour le dépistage et la prise en charge précoce des FDR cardiovasculaires. Des campagnes d’information pourraient également être très utiles pour la sensibilisation de la population aux FDR cardiovasculaires et plus précisément le syndrome métabolique.      

 

 

Tableau 1

Le récapitulatif des critères utilisés

 

 

Critères

IDF (2005) [1]

NCEP ATP III (2001) [6]

Tour de taille

≥ 94 cm chez l'homme, ≥ 80 cm chez la femme

 ≥ 102 cm chez l’homme,

≥ 88 cm chez la femme

Pression artérielle

≥ 130 et/ou 85 mmHg

≥ 130 et/ou 85 mmHg

Glycémie à jeun

≥ 1,0g/L 

≥ 1,10g/L 

Cholestérol HDL

< 0,4 g/L chez l'homme et < 0,5 g/L chez la femme

< 0,4 g/L chez l'homme et < 0,5 g/L chez la femme

Triglycérides

≥ 1,7 mmol/l (≥ 150 mg/dl)

≥ 1,7 mmol/l (≥ 150 mg/dl)

Le SMet se caractérise par l'association de 3 des 5 critères sus-cités.

 

Tableau 2

Répartition en fonction des données quantitatives et des facteurs de risque cardiovasculaires dans l’échantillon de 582 sujets d’une entreprise privée.

 

 

Hommes

Femmes

Total

P

N

439

143

582

 

Age

36,60±6 [22-59]

36,51±7 [24-56]

 

 

Poids

82,61±14 [46-155]

78,60±17 [41-138]

 

 

Taille

178,37±8 [76-197]

168±7 [150-189]

 

 

IMC

25,83± [15,35-44,63]

27,86± [15,62-53,67]

 

 

TT

91,73 [61-137]

91,01 [65-132]

 

 

TAS

123,14 [12-207]

112,33 [10-199]

 

 

TAD

82,85 [12-151]

76,97 [6-106]

 

 

Glycémie

0,90 [0,67-3,49]

0,89 [0,65-2,11]

 

 

HDL

0,41 [0,09-1,25]

0,49 [0,09­-0,89]

 

 

Triglycérides

0,98 [0,17-7,59]

0,65 [0,14-3,93]

 

 

Tabagisme actif

47 (10,7%)

1 (0,7%)

48 (8,2%)

--

Consommation d’alcool

13 (3%)

1 (0,7%)

14 (2,4%)

--

Sédentarité

304 (69,2%)

123 (86,0%)

427 (73,4%)

0,011

IMC ≥ 30kg/m2

63 (14,4%)

41 (28,7%)

104 (17,9%)

0,000

HTA

110 (94,0%)

        39 (88,6%)

149 (25,6%)

0,02

TT

102 (87,2%)

44 (100,0%)

146 (25,1%)

  0,09

HyperGlycémie

 41 (%35,0)

17 (38,6%)

  58 (10%)

HypoHDL

 98 (83,8%)

38 (86,4%)

136 (23,4%)

Hypertriglycéridémie

 47 (40,2%)

6 (1,4%)

  53 (9,1%)

SMet selon l’IDF

117 (26,7%)

44 (30,8%)

161 (27,7%)

0,011

SMet selon NCEP ATP III

70 (15,9%)

          30 (21%)

100 (17,1%)

0,000

 

 

  Figure 1 : Prévalence du SMet chez les travailleurs en fonction des deux définitions utilisées.

 

PA : pression artérielle élevée, OA : obésité abdominale, HDL : HDL abaissé, TG ↑ : Triglycérides élevés, Glyc↑ : Glycémie élevée.

Figure 2 : Répartition en fonction des éléments constitutifs définissant le SMet en fonction du sexe et selon les définitions.

 

PA : pression artérielle élevée, OA : obésité abdominale, HDL : HDL abaissé, TG ↑ : Triglycérides élevés, Glyc↑ : Glycémie élevée.

 

Figure 3 : La répartition en fonction des critères de l’IDF associés selon le sexe.

 

Figure 4 : Répartition de la prévalence du SM et en fonction de l’âge.

 

 

REFERENCES

 

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